Mercredi 29 avril 2009 3 29 /04 /Avr /2009 22:02

Défendre l’hospitalisation publique

Nous étions ce mardi matin autour de 18000, principalement différents personnels hospitaliers, médicaux ou administratifs de l'AP-HP, à défiler dans les rues de Paris contre la loi Bachelot.

La fameuse T2A avait déjà aligné l'hôpital public sur les cliniques privées en faisant fi des missions spécifiques du public : accueil de tous sans discrimination, recherche, formation, par exemple. Aujourd'hui cette loi Bachelot n'a pour autre objectif que de transférer le “marché de la santé” au privé. Logique d'ensemble de tout le gouvernement et de tout bon libéral qui s'appuie souvent pour “mieux faire” sur les institutions européennes. 

Ce matin, dans la rue, les blouses blanches des soignants avaient été rejointes par celles des médecins. Ce matin, les administratifs, comme les directeurs d'hôpitaux, auxquels on demande d'exécuter les directives pour “exécuter” la santé publique, disaient : non.

Une fois n'est pas coutume, les seigneurs hospitaliers ont renaclé. Je publie ci-dessous leur appel qui ne manque pas de pertinence :

“En 1958, la grande réforme menée par le Professeur Robert Debré allait permettre à la médecine française de devenir en 30 ans “la meilleure du monde”. Cinquante ans plus tard, le Parlement va-t-il voter la loi “Bachelot” qui porte en elle la disparition de cette médecine hospitalière au profit d'une médecine mercantile ? Le maître-mot n'est plus la santé mais la rentabilité. La préoccupation centrale n'est plus le malade mais le compte d'exploitation de l'hôpital. Et les premières victimes en seront les patients et les soignants. Cette loi cale l'hôpital sur l'entreprise. Elle donne tous les pouvoirs au Directeur de l'Hôpital, nommé et révoqué par le Directeur de l'Agence Régionale de Santé, lui-même nommé et révoqué par le Conseil des Ministres. Ce directeur pourra n'avoir aucune compétence médicale ou en santé.C'est pourtant lui qui arrêtera le projet médical de l'hôpital. Lui aussi qui nommera et révoquera les médecins responsable des structures de soins (pôles, départements, services). Sur quels critères ?La tarification des actes est semblable dans les secteurs privé et public comme si les pathologies et la continuité des soins y étaient comparables ! La pensée marchande dont se prévaut cette loi réduit le qualitatif au quantitatif, le malade au tarif de sa maladie.Dans le même temps on organise des suppressions massives et injustifiées d'emplois d'infirmières et d'aides-soignants. Bien sûr, l'hôpital public doit être réformé. Mais certainement pas de cette manière.

Il faut repenser l'organisation hospitalière pour répartir de manière harmonieuse sur le territoire, sans redondance, les stuctures de soins et les spécialités en prenant en compte aussi leur niveau de technicité et l'accueil des urgences ; organiser la continuité des prises en charge au fur et à mesure de l'évolution du type de soins que demandent les malades.

Il faut réfléchir aux nouveaux métiers de la médecine ; prendre en compte la nécessaire pluridisciplinarité ; reconnaître et valoriser les actes des infirmières et des personnels paramédicaux (psychologues, diététiciennes, orthophonistes, etc.) ; promouvoir la prévention, le dépistage, l'éducation thérapeutique.

Il faut impliquer toutes les unités de soins hospitalières dans des activités de recherche structurées et adosser les orientations cliniques à un projet médical qui ne soit pas fondé sur la rentabilité mais d'abord sur les besoins de la population, l'évolution prévisible des grandes questions de santé publique, l'avancée des connaissances et des progrès technologiques.

Il faut un financement, propre à l'hôpital, qui tienne compte de l'innovation, de la lourdeur des pathologies, de la précarité, des handicaps de la vie. A cet effort-là, source de progrès et de solidarité, tous les médecins et personnels hospitaliers sont prêts à souscrire. Mais pas à cette loi destructrice et injuste.

Soyons clairs. Si cette loi n'est pas amendée, elle s'appliquera sans nous, médecins et chirurgiens de l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris. Demain, côte à côte, et pour la première fois, infirmières, agents hospitaliers et administratifs, médecins seront dans la rue. Preuve que les mentalités ont changé, que l'union est faite pour que soit supprimé le volet hospitalier de la loi “Bachelot” et pour que s'ouvre enfin un débat à la hauteur de l'enjeu : il est encore temps et il est urgent d'organiser les Etats Généraux de l'hôpital public.

Les 25 signataires:
Pr. Basdevant, endocrinologue, Pitié Salpetrière Pr. Bourgeois, rhumatologue, Pitié Salpetrière Pr. Bousser, neurologue, Lariboisière Pr. Brochard, anesthésiste réanimateur, Henri Mondor Pr. Dubourg, cardiologue, Ambroise Paré Pr. Fischer, pédiatre, Necker Enfants Malades Pr. Franco, chirurgien digestif, Antoine Béclère Pr. Frydman, gynécologue obstétricien, Antoine Béclère Pr. Gaudric ophtalmologue, Lariboisière Pr. Gluckman, hématologue, Saint Louis Pr. Godeau, médecin interniste, Henri Mondor Pr. Grimaldi, diabétologue, Pitié Salpetrière Pr. Guillevin, médecin interniste, Cochin Pr. Kieffer, chirurgien vasculaire, Pitié Salpetrière Pr. Kuttenn, gynécologue médicale, Pitié Salpetrière Pr. Lyon-Caen, neurologue, Pitié Salpetrière Pr. Mariette, rhumatologue, Bicêtre Pr. Menasche, chirurgien cardiaque, Georges Pompidou Pr. Musset, radiologue, Antoine Béclère Pr. Niaudet, pédiatre, Necker Enfants Malades Pr. Sahel, ophtalmologue, Hôpital des Quinze-Vingts Pr. Sedel, chirurgien orthopédiste, Lariboisière Pr. Valla, hépatologue, Beaujon Pr. Varet, hématologue, Necker Pr. Vernant, hématologue, Pitié Salpetrière

Si vous voulez soutenir cet appel : http://tempsreel.nouvelobs.com/php/petition19/

 

Publié dans : Santé
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Jeudi 23 avril 2009 4 23 /04 /Avr /2009 15:44

Chevenement.fr

Sénateur du Territoire de Belfort, président du Mouvement Républicain et Citoyen et de la Fondation Res Publica

La crise fait revenir la Nation au premier plan et démontre sa solidité

Portrait de Jean-Pierre Chevènement par Philippe Plassart et Julien Tarby, paru dans Le Nouvel Economiste,
 23 avril 2009, n°1473.

 

Conversation sous forme de confession politique avec le “Che”. Sous les ors de la salle des pas perdus du Sénat.

On ne s'attendait pas à retrouver le “Che” dans un fauteuil de sénateur. S'il avoue s'y trouver “un peu par hasard”,
suite à une déconvenue électorale dans son bastion belfortain, il semble y avoir trouvé assez vite ses marques,
fort de sa longue expérience de la vie politique. Qu'on l'aime ou pas, Jean-Pierre Chevènement figure parmi
les plus lourds de la politique française. Il fut la cheville ouvrière de l'alliance avec le PC et le concepteur
des 101 propositions qui allaient amener Mitterrand au pouvoir. Depuis lors, sa vie politique a été ponctuée
par trois démissions gouvernementales, une sécession corps et bien d'avec le Parti socialiste, une campagne
prometteuse à la présidentielle de 2002 qui le plaçait au statut enviable de “troisième homme” mais qui finira
dans les décombres de la poussée lepéniste à moins de 6 %...
Aujourd'hui, l'homme, outrage du temps passant, semble en avoir rabattu sur ses ambitions. Feinte ?
“Même mort, je reviendrai”, prévient-il, reprenant la maxime latine devenue fétiche depuis sa résurrection
post-comatique. Donnant la clé de sa longévité : “Pour survivre en politique, l'essentiel est d'être en harmonie
avec soi-même et avec ce que l'on croit.” Et quand Jean-Pierre Chevènement, l'artisan des nationalisations
de 1981, plaide aujourd'hui pour une politique industrielle et une programmation dans laquelle l'Etat aurait
plus que son mot à dire, il prouve sa constance.
Par Philippe Plassart et Julien Tarby

 

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"Les conséquences de la crise sont loin d’avoir été toutes tirées. Beaucoup des tenants de la doctrine officielle
estiment qu’elle ne sera qu’une parenthèse. Et qu’une fois celle-ci refermée, il sera possible de repartir comme avant.
Ceux-là font une grave erreur. Il n’y a plus de boussole, les repères ont été perdus. Il faut faire un saut conceptuel
pour imaginer les trente prochaines années. Rien ne serait plus nécessaire que de cerner ce que l’on veut pour le
monde de l’après-pétrole, du combat contre le réchauffement climatique. Or on ne sait pas où on va. Une politique
industrielle à moyen terme serait plus que jamais utile. L’Etat est légitime, s’il le juge nécessaire, pour réinvestir
les secteurs stratégiques. Il y a certainement place pour une planification rénovée. J’emploie à dessein ce mot
“planification” car il ne fait pas moderne, mais la notion de “programmation” convient très bien à sa place.
On va y re venir. Mon combat est à contre-courant. Je note qu’avec la crise, la nation sur laquelle certains
s’acharnent montre sa solidité. Les plans de relance sont conçus à cette échelle, ensuite on les coordonne.
Et ce n’est pas étonnant. La nation qui vient du fond de l’histoire est la brique de base à partir de laquelle on peut bâtir.
Tout ce qu’on a fait miroiter par ailleurs — le régionalisme, le communautarisme — ne tient pas la route quand
les temps sont difficiles.

Républicain d’abord
Pour éviter tout malentendu, je ne me présente jamais comme souverainiste, notion accolée à des courants avec
lesquels je ne me sens aucune affinité. Je suis d’abord républicain. Pour moi la démocratie ne peut pas s’exercer
sans la souveraineté. Charles de Gaulle l’a dit : ce sont l’avers et l’envers d’une même médaille. Mais qu’on ne s’y
méprenne pas : cela ne veut pas dire que je suis contre le partage des compétences dès lors que l’on contrôle
démocratiquement leur exercice. Par exemple, dès lors que l’euro existe, non seulement j’admets mais je revendique
un gouvernement économique de la zone euro. Je ne regrette absolument pas les combats que j’ai menés ces trente
dernières années. Ils témoignent peut- être d’une opiniâtreté excessive, trait de caractère, dit-on, des Belfortains.
Ma première inclinaison a été pour Mendès France à 15 ans. Ensuite, j’ai conçu, avec d’autres, au Ceres, la stratégie
du progra mme commun et de l’alliance avec le Parti communiste, comme moyen de redynamiser la gauche, de
provoquer l’alternance et de mettre en œuvre un programme progressiste. Par la suite, je n’ai jamais donné dans
les “ponts aux  ânes” libéraux. Je n’ai jamais été pour le Matif, la Bourse remplaçant la banque, la Commission
faisant régner la loi de la concurrence sur le marché européen. Je me suis opposé en Conseil des ministres à la
libéralisation des capitaux sans contrepartie sur le plan de l’harmonisation fiscale. De même, je n’étais pas favorable
au traité de Maastricht qui donnait une totale indépendance en dehors de tout contrôle du suffrage universel. J’ai le
sentiment, permettez-moi de le dire à la lumière de la situation d’aujourd’hui, que tout cela était tout à fait justifié, si
bien que je ne me sens pas en porte-à- faux avec moi-même, comme certains socialistes qui ont en quelque sorte adoubé
le libéralisme dans leur prop re maison. Et qui sont obligés aujourd’hui de se contorsionner. Je n’ai jamais fait des
marchés financiers l’horizon de l’humanité.

La pédagogie par la démission
Certes j’ai démissionné trois fois mais en même temps, j’ai été l’un des ministres les plus longtemps en poste au
gouvernement avec Jack Lang. Mes démissions ne doivent pas oblitérer les décisions que j’ai prises : la relance de
la recherche en 1981-1982, le redressement de l’école publique en 1984, avec l’instauration en particulier du
baccalauréat professionnel, la défense, et le plan armée 2000, la police de proximité, l’intercommunalité, la définition
d’un équilibre dans la politique de l’immigration. Il est vrai cependant qu’à plusieurs reprises, j’ai eu l’occasion de
marquer nettement mon désaccord ; une première fois au moment du tournant libéral en 1983, une deuxième fois
avec la guerre du Golfe en janvier 1991 et enfin au sujet de la Corse, la République et de l’Europe en 2000. Pour moi,
cela fait partie de la déontologie républicaine car il y a des moments où il faut savoir dire non et prendre du champ.
Sous la IIIe République, ce type de décisions était très courant. Cela s’est perdu parce que sous la Ve République et
jusqu’à la dernière réforme constitutionnelle, le démissionnaire ne retrouvait pas automatiquement son siège de
député, son suppléant devant démissionner mais sans que rien ne l’y oblige.

Le mien l’a fait sans aucune difficulté. Démissionner ? C’est toujours une décision douloureuse, surtout si on quitte
un gouvernement dans lequel on a le sentiment d’œuvrer utilement. Je ne l’ai jamais prise facilement. Pour moi, ces
démissions avaient une dimension pédagogique pour “marquer le coup”. En 1983, contre le “tout marché” dont trop
de camarades étaient devenus les thuriféraires ; en 1991, contre l’aberration des guerres Nord-Sud et du clash des
civilisations. En 2000, contre la dissolution de la nation.

Faisant le constat de mon incapacité à pouvoir changer le cours des choses de l’intérieur, je prends alors date. Ma
démission de 1983 trouve aujourd’hui à mon sens, vingt-cinq ans plus tard, toute sa justification. Idem pour celle de
1991, ou quand la France a refusé en 2003 de cautionner l’invasion de l’Irak. Quant à la Corse, les Corses eux-mêmes
ont rejeté le statut particulier qu’on leur offrait en 2003 et les Français ont dit non en 2005 à la Constitution
européenne ; il y a toujours dans la démission un pari sur l’avenir. A court terme, la réaction des gens est variable.
Beaucoup s’écartent de vous dès lors que vous n’êtes plus en mesure de distribuer les postes et les honneurs. Et en
quittant un gouvernement, vous perdez beaucoup de moyens. En même temps, certains vous soutiennent tandis que
chez d’autres ce comportement suscite de l’incompréhension. Le temps en général éclaircit les choses. Par exemple,
à Belfort, les ge ns n’ont pas compris sur le coup ma démission au moment de la guerre du Golfe. Sans doute peuvent-ils mieux la comprendre aujourd’hui.

La ressource intellectuelle
Pour faire de la politique dignement, il faut défendre des idées que l’on croit justes. Cela passe par un investissement
intellectuel collectif. On est plus intelligent à plusieurs que tout seul. J’ai toujours eu cette capacité à fédérer autour
de moi des compétences de qualité. Il faut pour cela une certaine exigence intellectuelle et une certaine rectitude et
aussi incarner quelque chose à un moment donné. Je pense que j’ai incarné une conception républicaine que la gauche
pouvait signifier et apporter à la France.

Le Ceres était un think-tank composé de jeunes gens de 20 à 25 ans dont beaucoup sortaient de l’ENA ou de l’X.
Son premier opuscule sur les nationalisations publié en avril 1968 avait pour thème la gauche et la politique
industrielle. Et quatorze ans plus tard, la gauche au pouvoir conduisait son programme de nationalisations. Cela
prouve que les idées anticipatrices peuvent cheminer. Par la suite j’ai créé un club, République moderne, en lettre
mensuelle. Et il y a cinq ans, j’ai fondé une fondation, Res Publica. Celle-ci a une production intellectuelle abondante.
Elle doit en être à son quarantième cahier sur des sujets extrêmement variés qui vont de l’école à l’Allemagne,
la Russie, l’Onu, le décollage du Maghreb, l’instruction civique. Du Ceres à Res Publica, les ressorts sont les mêmes : les participants apportent leur contribution parce qu’ils ont envie d’agir et de s’inscrire dans une perspective.
Mon ancrage local au terr itoire de Belfort est tout aussi essentiel. J’ai été élu député du Territoire de Belfort en 1973 - cela fait 38 ans - et mon mandat de sénateur court jusqu’en 2014. C’est dire combien je me suis puissamment investi dans
la destinée de ce territoire. Sans lui, ma vie politique, singulièrement depuis que je suis sénateur, n’aurait pas le même intérêt. “Même mort, je reviens !” J’ai fais mienne cette devise latine depuis mon coma. Pour survivre en politique, l’essentiel
est d’être en harmonie avec soi-même, avec ce que l’on croit, et avoir des convictions. Des convictions non pas figées
— mes grands-parents m’en ont forgé de fortes que je renie pas — mais avec la volonté de comprendre le monde dans
lequel on est et non pas tel qu’on voudrait qu’il soit. Mes analyses, je les ai puisées à la fois à la tradition républicaine, à Jaurès, à l’analyse de Marx — je dis bien à l’analyse, pas au prophétisme. Un creuset que je ne récuse pas car encore
aujourd’hui, ces grilles de lecture m’ont paru assez sûres. Il convient bien sûr de toujours essayer de se perfectionner
et d’actualiser ses interprétations. Les cahiers de Res Publica y contribuent.

L’Europe, l’Allemagne
Je ne suis pas en campagne. Ces élections n’ont pas à mes yeux beaucoup de signification. Le Parlement de Strasbourg est une institution fantôme qui ne forme aucune volonté générale. Les députés s’y expriment trois minutes tour à tour.
C’est plutôt un alibi pratique qu’un outil de démocratie. J’observe que dans la vie politique française, personne n’a
pu faire prospérer un succès à ces élections. Ni Le Pen, ni de Villiers, ni Pasqua, ni Tapie. C’est une élection où
chaque force politique mesure son influence. Cela permet aussi d’investir à Strasbourg les recalés du suffrage
universel. Qui connaît le nom de son député européen ? On a prétendu rapprocher les députés européens des électeurs
en découpant la France en cinq grandes régions, on les en a encore davantage éloignés. C’est pourquoi mon mouvement
 ne concourt pas à ses élections. Pour ma part, je voterai blanc. Les relations entre la France et l’Allemagne sont un
sujet très ancien et très difficile ; force est de constater que les rapports franco-allemands ne sont jamais
spontanément au beau fixe. A amener ces deux peuples contigus à travailler ensemble est une tâche à renouveler en
permanence. Il faut qu’ils se persuadent l’un l’autre qu’aucun d’eux ne peut dominer l’Europe d’une manière ou d’une
autre, soit par la diplomatie, la technologie ou l’industrie. Et que l’ère du leadership européen est close. Conscients
de leur solidarité  de destin, Français et Allemands peuvent ensemble impulser une grande politique européenne.
Trop souvent, il y a d’un côté une certaine arrogance ou de l’autre une certaine suffisance qu’il faut surmonter.
Le traité de Lisbonne va avoir des conséquences dommageables. Il va créer un déséquilibre durable entre la France et l’Allemagne, cette dernière disposant d’un tiers de voix supplémentaires au Conseil européen. Cela rompt les
équilibres fondateurs établis en 1951 par les pères fondateurs – l’exacte parité des votes entre les deux pays quoi
qu’il puisse arriver. Il s’agit pour le coup d’une véritable rupture.

Quant à la réintégration de la France dans l’Otan, c’est une erreur.

L’Otan, l’Irak
Intégrer l’Otan ? Personne ne nous demandait de prendre cette décision. Elle va nous entraîner dans des guerres
qui ne seront pas les nôtres, comme par exemple l’affaire d’Afghanistan. Cela correspond à un tropisme de la politique américaine, l’élargissement vers l’Est. Je fais tout à fait crédit aux initiatives prises ou à venir de Barack Obama.
Mais sa présidence ne sera qu’un moment de l’histoire, alors que l’alliance de l’Otan perdure depuis 1949.
La distance marquée par le général de Gaulle aurait dû être conservée. Quant à l’intégration ou pas de la Turquie,
elle est d’abord une affaire européenne et on aimerait bien que les limites de l’Europe soient fixées par les Européens
eux-mêmes, et non pas par les Américains. Je suis très américanophile et le peuple américain est très hospitalier.
Mais l’administration américaine, c’est autre chose. Elle mène une politique qui vise à dominer le monde et les
Etats-Un is n’ayant plus les moyens de le dominer, ils ont besoin d’auxilliaires qu’ils viennent chercher en Europe
ou ailleurs. Obama a bien compris que l’Amérique vivait au-dessus de ses moyens. J’attends de voir comment
il va réussir à sortir son pays du guêpier moyen-oriental.

L’Irak est un pays composite, une sorte de Grand Liban. Saddam Hussein avait un régime qui se voulait laïque,
par rapport à un environnement plus fondamentaliste. En écrasant l’Irak, on a ouvert la voie aux fondamentalistes.
Al Qaida ne se serait pas développé si les troupes américaines ne s’étaient pas installées durablement en
Arabie Saoudite. Par ailleurs on a redonné un rôle prédominant à l’Iran dans la région. Etait-ce très intelligent ?
Saddam Hussein avait proposé au Russe Primakov — j’ai encore le télégramme — que son armée évacue le Koweït
et son remplacement par des troupes arabes. Proposition sans suite. Or les responsables politiques doivent pouvoir
porter un jugement sur une situation. Si l’on pouvait sortir pacifiquement de cette situation, c’était cent fois préférable
plutôt que d’ouvrir la voie à la famine, à l’encagement et au final à l’invasion du pays et à son explosion. Disant cela,
on veut me faire passer pour un soutien inconditionnel de Saddam Hussein. Cela relève de procédés de propagande
auxquels se heurtent tous ceux qui se mettent contre le flot dominant.

L’Etat, les élites, la jeunesse
Sarkozy cite souvent le cas d’Alstom. Pourquoi ne pourrait-on pas imaginer que l’Etat prenne des participations
stratégiques dans des secteurs absolument stratégiques ? On ne peut pas faire l’impasse sur une politique industrielle à moyen terme. Je crains que l’on cherche à changer les choses pour que rien ne change. Aujourd’hui, il faut penser les
nouvelles formes d’énergie, une économie sans effet de serre qui permette de nourrir la planète. Dans ce domaine de
l’éducation, il y a tout à faire et à refaire dans notre pays. Je m’inquiète beaucoup du déclin des filières scientifiques.
Car l’avenir d’un pays se dessine par la science. Il est question paraît-il de supprimer la filière S. Complètement
stupide. On encourage les jeunes à faire des métiers qui ne préparent pas l’avenir du pays. Les projets individuels
sont déconnectés d’une ambition collective. Or l’un ne va pas sans l’autre. Il n’y pas d’épanouissement indi viduel
s’il n’y a pas en même temps de succès collectif. Le manque de patriotisme des élites m’alarme. De même que les
progrès de la démagogie à tous les niveaux, cette idée répandue que tout à chacun a droit à tout : les uns ont droit
aux parachutes dorés et les autres à des pensions de retraite revalorisées ad vita eternam. Or cela ne marche pas
comme cela. On oublie de mettre l’accent sur l’intelligence, la production, l’industrie, la technologie et la
compréhension du monde. Pour la France et l’Europe, ce monde-là n’est pas facile car nous rapetissons à toute vitesse.
 Le concept de nation républicaine a été sapé méthodiquement. Ce faisant, on sape le civisme et c’est le règne du
chacun pour soi. Nous sommes à un moment de l’esprit public où l’esprit national a été considérablement dévalué.
Cela vient de très loin. On a connu cela pendant l’entre-deux-guerres, sous Vichy et la collaboration."

Bio express
Parcours national tourmenté
Jean-Pierre Chevènement est né le 9 mars 1939 à Belfort. Sorti de l’ENA, il adhère à la SFIO en 1964 et fonde avec
d’autres en 1966 le Ceres qui deviendra un des principaux courants du PS à partir du congrès d’Épinay de 1971.
Pendant ce temps, JPC est élu député aux élections législatives de 1973 à 1997, et en 2000, dans le Territoire de
Belfort. De même il a été maire de Belfort entre 1983 et 2007. Ministre de la Recherche sous Pierre Mauroy, il refuse
de participer au troisième gouvernement pour s’opposer au “tournant libéral” du PS. Ministre de l’Education nationale
sous Laurent Fabius puis ministre de la Défense sous Michel Rocard, il démissionne en 1991 pour s’opposer à la
guerre des Etats-Unis contre l’Irak. En 1992 il quitte la direction du PS afin de faire campagne pour le non au
traité de Maastricht. Il fonde en 1992 le Mouvement des citoyens (MDC) et démissionne du PS. Ministre de l’Intérieur
du gouvernement de Lione l Jospin, il démissionne en 2000 pour s’opposer au processus de Matignon visant à donner
le pouvoir législatif à la Corse. Candidat à l’élection présidentielle de 2002, il obtient 5,33 %. Il devient président
de la Fondation de recherche Res Publica. J.T

Source :
Le Nouvel Economiste

 

Publié dans : LE MRC
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Mercredi 22 avril 2009 3 22 /04 /Avr /2009 11:50

jeudi 16 avril 2009

Le protectionnisme comme sortie de crise



N’en déplaise aux adeptes de la méthode Coué, qui saisissent le moindre bout d’indice pour clamer que nous sommes en train de sortir de la crise, la dépression de 2008 n’est pas prête de disparaître.
Et la remontée récente de la Bourse, comparable aux hoquets de 1932 ou 1933, ne prouve que la formidable irrationalité et le caractère panurgique de ce marché.

La dépression actuelle est la conséquence directe de l’ultra libre échangisme et de la mondialisation forcenée des vingt dernières années. Les activités industrielles et de services de pays occidentaux ont fuit vers des paradis sociaux à faible coût de main d’œuvre, fuite amplifiée par la politique de sous évaluation de leur monnaie de pays comme la Chine et par le dynamisme des multinationales, de Nike à Apple, jouant sur l’écart entre des prix de vente élevé et des coûts au rabais.

Cette fuite liée à la mondialisation a eu deux conséquences. La première est de pousser à la hausse les taux de chômage. La deuxième de bloquer brutalement la croissance du pouvoir d’achat qui avait nourri la croissance des années 70 et 80.

Le surendettement des ménages et des entreprises occidentales n’est pas la cause directe de la dépression. C’est la solution qu’ont trouvé les états et les banques centrales, avec la complicité intéressée des banques privées, pour maintenir la consommation en l’absence de gain de pouvoir d’achat. « Vous êtes mal payé ? Mais empruntez donc, pour vous acheter maison, voiture, écran plat, voyage. En empruntant vous faites votre devoir de citoyen, car vous relancer l’économie. Allez y les petits gars ».

La concurrence des nouveaux pays industrialisés bloque le pouvoir d’achat des pays développés, mais comme il leur faut un débouché pour leur production, et que nous sommes des drogués de la fuite en avant que permets la croissance, nous incitons vigoureusement les ménages des pays occidentaux à s’endetter pour consommer. Les banques ont prospéré de façon inouïe dans les vingt dernières années car elles étaient les prêteuses folles qui nourrissaient la croissance.

Mais cette fuite en avant par le surendettement a sa limite, car les dettes ne montent pas au ciel. Quant la limite est atteinte le système claque. C’est ce qui est arrivé en 2008.

Pour que le système reparte sur des bases saines, il faut bien sûr effacer le surendettement, par faillites, hyperinflation, réduction des dettes, abandon de créances. C’est ce qui se passe : les états demandent aux contribuables de bien vouloir payer pour réduire les dettes excessives des acteurs économiques. Les plans massifs de soutien aux banque ne sont qu’un financement par l’impôt de l’effacement de l’ardoise du surendettement.

Mais il faut aussi et surtout remettre en cause l’ultra libre échangisme qui est à l’origine de la dépression. Sans cette remise en cause, le cancer continuera à ronger nos économies et nous oscillerons entre petites bouffées de croissance malsaine et rechute dans la dépression pour les décennies à venir.

La remise en cause de l’ultra libre échangisme se fait par le protectionnisme. Pas un protectionnisme paranoïaque et national, mais un protectionnisme régional (européen, nord américain etc.) et intelligent. Cette « tentation protectionniste » est accueillie par des bonnes âmes dites « libérales » avec des cris d’orfraie assez peu argumentées et une tentative de souffler sur les cendres de la crise de 1929 en invoquant la soi-disant responsabilité du protectionnisme dans son aggravation. Seuls quelques franc-tireurs isolés et lucides comme Emmanuel Todd remettent en cause cet anti-protectionnisme politiquement correct et irréfléchi.

Le protectionnisme faisait pourtant partie de l’arsenal libéral. Adam Smith, comme Litz, reconnaissait que la protection des jeunes industries, encore fragiles, de la concurrence internationale, était justifiée. Ils notaient aussi que le protectionnisme pouvait protéger une industrie nationale du comportement prédateur et du dumping de concurrents étrangers. Les « avantages comparatifs » ne fonctionnent que dans un monde ou la concurrence n’est pas faussée, de même que l’économie de marché suppose l’éradication des monopoles. Le protectionnisme et les lois anti monopoles ne sont pas contraires au libéralisme : ce sont les garants de son fonctionnement harmonieux.

Le protectionnisme, même régional et intelligent, ne sera pas accueilli de la même façon par toutes les entreprises. Certaines sont farouchement contre, celles là même qui profitent du système pour gonfler leur profit grâce au décalage entre des prix élevés et des coûts bas, comme Nike. Ce sont ces mêmes entreprises dont l’intérêt diverge avec celui des peuples. Un écart s’est en effet créé, qu’avait anticipé le chercheur américain Raymond Vernon dans les années 70, entre l’intérêt de certaines multinationales et l’intérêt des individus ou des états. Ces entreprises vont se battre contre le protectionnisme. Celui-ci, même s’il est bon pour les économies européennes, risque d’éroder leurs surprofits.

L’excédent colossal de la balance commerciale Chinoise-alors que dans le monde d’Adam Smith ces balances sont naturellement équilibrées-montre que la peine infligée aux entreprises européennes par le « libre échangisme sauvage » est beaucoup plus important que le gain lié aux exportations d’avions ou de centrales. D’autant que l’appétit Chinois ou Indien pour la technologie, et leur masse critique d’ingénieur sde qualité, risquent à terme non seulement de tarir des exportations de produits élaborés mais même de susciter de nouveaux concurrents redoutables pour les firmes européennes, du nucléaire à l’aéronautique Dans le domaine des équipements télécoms, ZTE, l’équipementier Chinois, est devenu en quelques années l’un des concurrents les plus dangereux d’Alcatel ou d’Ericsson…

La Chine a très intelligemment instrumentalisé notre fanatique libre échangisme pour conquérir des parts de marché et laminer des pans entiers de nos économies, maintenir sa monnaie sous évaluée, créer d’énormes excédents de sa balance commerciale favorables à sa croissance et accumuler des réserves de change démentielles-avec lesquelles elle pourrait demain racheter Microsoft et General Electric sans peine…On ne peut lui reprocher d’avoir fait preuve d’un formidable sens stratégique, amplifié par l’aveuglement de nos dirigeants politiques et économiques, mais on ne peut que constater les dégâts dans nos économies de cette évolution.

La concurrence extra-européenne, en partie biaisée et sauvage, détruit des emplois, des compétences, des bases technologiques en Europe.

La solution est un protectionnisme non pas national mais régional, et sélectif, ne portant que sur les produits qui viennent concurrencer les nôtres pour de mauvaises raisons, comme le textile, la chaussure ou l ‘électronique grand public. Ce protectionnisme « soft » favorisera les échanges intra régionaux, qui ont un potentiel spectaculaire, avec l’élargissement de l’Union Européenne et l’association de pays comme la Turquie. Il ne stoppera pas les flux d’échanges interrégionaux, qui doivent continuer à exister. Mais il forcera les grands pays excédentaires comme la Chine à rééquilibrer volens nolens leur balances commerciales, c'est-à-dire à nous vendre à proportion de ce qu’ils nous achètent, évitant ainsi de détruire de la valeur en Europe.

Ce protectionnisme sélectif et régional n’est pas contraire au libre-échange. Il est au contraire le garant que le libre échange aura des effets positifs et non destructeurs. Ce protectionnisme régional et intelligent est la solution structurelle de sortie de crise, s’attaquant à la cause profonde de la crise et évitant que les économies étatico/libérales comme la Chine ne balaient les économies ultra libérales comme les nôtres. C’est un paradoxe stupéfiant que Pascal Lamy, le patron de L’Organisation Mondiale du Commerce, socialiste et intègre, défende un système de libre échange extrême aussi destructeur d’emploi et de vies, dans une période de dépression aussi dure et aussi profonde que celle de 2008/2009.

On parle beaucoup de régulation du système bancaire. Mais la régulation du commerce international, la mise au pas des talibans du libre échange forcené, sont plus cruciaux pour la sortie de crise que l’évolution des indices prudentiels ou les bonus des banquiers.
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Mercredi 22 avril 2009 3 22 /04 /Avr /2009 11:14

Faut-il avoir peur du protectionnisme ?

« Avec le capitalisme nouveau, le libre-échange ne fonctionne plus », juge Guillaume Bachelay. « Il ne peut fonctionner que dans une aire dotée de règles respectées par tous », lui répond Christian Saint-Etienne.

Le Figaro Magazine - Pourquoi le protectionnisme est-il devenu une sorte de tabou?


Christian Saint-Etienne
- Parce qu'il a joué un rôle clé d'accélération lors de la crise de 1929 : quatre ans plus tard, le commerce mondial en valeur avait baissé des deux tiers. La communauté économique et politique internationale est restée marquée par cet épisode, considérant que toute nouvelle flambée de protectionnisme provoquerait une crise de même nature. Un Lehman Brothers bis, une attaque israélienne sur l'Iran, un pays qui perdrait ses nerfs en élevant des barrières protectionnistes réamorceraient le cauchemar de la dépression. Sans sursaut politique en Europe, on pourrait craindre l'éclatement de l'euro avec, pour avenir, l'inconnu. Comme disent les Anglo-Saxons, uncharted territories.


Guillaume Bachelay
- Depuis que le commerce se fait dans le cadre des Etats nations, le monde est protectionniste : c'est vrai de Colbert à Pascal Lamy. Les Etats-Unis financent leur appareil militaro-industriel par la commande publique. La Chine fixe des restrictions aux importations sur son territoire, tout en favorisant ses exportations par la sous-évaluation du yuan. La Russie fait le blocus sur certaines automobiles étrangères. Le Brésil soumet la moitié de ses importations à des clauses d'autorisation. L'Inde interdit les jouets chinois, etc. La question n'est donc pas de savoir s'il faut une Europe protectionniste, mais comment elle devient plus protectrice. Pour sauver nos secteurs traditionnels et développer les industries innovantes, il faut pouvoir protéger un cadre commercial de manière temporaire et communautaire. Le libre-échange a eu ses vertus de développement des nations et de dialogue entre les peuples, mais avec l'essor d'un capitalisme mondial et financier, le système se grippe. «Tous concurrents, et que le moins cher gagne!», c'est un slogan mortel ! Comment voulez-vous que nos salariés et nos entrepreneurs tirent leur épingle du jeu sans un mixte d'innovation et de protection, face à des concurrents disposant d'un réservoir de main-d'œuvre inépuisable, de salaires 40 fois inférieurs aux nôtres et qui ne respectent pas les règles du jeu international ? Si l'Europe ne se réveille pas, c'est tout son appareil industriel et, à terme, son modèle de société qui seront bazardés.


Christian Saint-Etienne
- Votre propos est habile et même convaincant pour qui ne connaît pas le sujet. Le libre-échange serait, selon vous, une vertu qui ne fonctionne plus, alors que toute l'histoire est une recherche d'ouverture de marché. Les Romains n'ont rien fait d'autre que de créer un empire de libre-échange. Qu'est-ce que la constitution des royaumes du Moyen Age jusqu'à la Renaissance, sinon l'extension de l'aire à l'intérieur de laquelle, de par l'action du roi, il y aura du libre-échange ? A mesure que l'on a fait sauter le blocage au commerce, le niveau de vie s'est élevé. Avant la spécialisation des pays selon leurs compétences et la division du travail rendues possibles par ce système, je dirais, pour schématiser, que l'on mangeait des racines ! Mais le libre-échange ne peut fonctionner que dans le cadre d'une aire politique et économique dotée d'un Etat de droit bien construit, avec des règles respectées par tout le monde. Or que s'est-il passé ? L'OMC, au départ, ne comprenait que des pays développés avec des valeurs et des systèmes juridiques très proches. Mais, lorsqu'elle s'est étendue à des pays n'appliquant pas le droit euro-américain, elle est devenue un marché de dupes. L'Europe en est la principale victime, dès lors qu'elle prétend à une politique d'ouverture. La question n'est donc pas la distinction entre protectionnisme et protection, ainsi que vous l'affirmez, mais la réciprocité. Si l'on était capable d'obtenir des Chinois et des Américains le même degré d'ouverture, les mêmes règles environnementales et règles du travail que les nôtres, le libre-échange serait une excellente chose au plan mondial. Le concept de libre-échange est comme l'eau : on peut y nager ou s'y noyer.


Guillaume Bachelay
- Aujourd'hui, il y a trois options possibles. Soit poursuivre le libre-échange dérégulé, fondé sur le laisser-faire et l'hyper spécialisation de l'économie. Or, les pays les plus touchés par la crise - Etats-Unis, Royaume-Uni, Espagne - sont ceux qui ont cédé à cette double tentation. Soit édifier un protectionnisme idiot, national, permanent, généralisé : c'est celui auquel, hélas, on assiste actuellement. Le scénario que j'appelle de mes vœux vise à échapper à cette double impasse : il s'agit de mettre en place les modalités d'une protection commerciale européenne ciblée. En direction des autres grandes régions économiques, l'Union européenne et ses 450 millions de consommateurs doivent mettre en place un « juste échange ». Par exemple, il faut créer un rapport de forces avec la Chine en mettant en place des écluses sociales et écologiques. Désolé, mais on ne peut pas dire que tout se vaut, que les pays qui produisent en respectant les règles de l'Organisation internationale du travail ou le protocole de Kyoto valent ceux qui s'assoient dessus ! Il faut être pragmatiques et responsables : faute de protections européennes coopératives, ciblées, ponctuelles, nous aurons un protectionnisme xénophobe, dé sor donné et constant sous la forme de plans de relance riquiqui et rivaux aussi diplomatiquement dangereux qu'inefficaces économiquement ! Des restrictions au libre-échange à tous crins sont donc indispensables, adossées à des droits compensatoires en matière sociale et environnementale. L'autre volet d'action, c'est l'Europe vis-à-vis d'elle-même, c'est-à-dire la lutte antidumping fiscal et social. Car les délocalisations intra-européennes ne sont pas un fantasme.


Christian Saint-Etienne
- Et, par le biais du protectionnisme, vous voulez compenser le fait qu'il n'y a pas de gouvernement économique européen ni de volonté politique de construire un projet fédéral commun ? Ce que vous proposez, c'est la politique du pire. Il faudrait que la France mette ses affaires en ordre, qu'elle voie les Allemands pour remettre les choses d'équerre en Europe, en reconnaissant qu'on s'est trompés lors de l'ouverture de l'Union européenne. Il fallait créer une aire intégrée sur le plan fiscal, social et environnemental au sein de l'Europe, qui aurait permis un libre-échange efficace, alors que la politique de concurrence intra-européenne est proprement suicidaire.


Guillaume Bachelay
- Votre pensée, au fond, c'est une longue litanie de « et si », « et si », « et si »... Après la crise, c'est comme avant, en somme.


Christian Saint-Etienne - J'en ai autant à votre service.


Guillaume Bachelay
- La politique du pire, M. Saint-Etienne, c'est la pire des politiques : celle qui nous a amenés à la crise où nous sommes. Trois décennies de dérégulation et de désindustrialisation. Vous ne pouvez pas faire comme si ce modèle n'avait pas échoué.


Christian Saint-Etienne
- Plus de un milliard de Chinois et d'Indiens sont sortis de la pauvreté grâce à cela. On ne peut pas l'oublier. Sauf à vouloir faire un retour au marxisme, qui était en soi du protectionnisme.


Guillaume Bachelay
- Le cadre libre-échangiste n'est donc pas négociable !


Christian Saint-Etienne
- Je vous dis l'inverse !


Guillaume Bachelay
- Vous avez dit que l'on y nage ou que l'on s'y noie ! Pourquoi refusez-vous à la fois les bouées et le pont ?


Christian Saint-Etienne
- Les bouées, avec vous, ce sont des subventions, et le pont ce sont des barrières. Et cela finit toujours par le régime national-socialiste. Vous faites une erreur de diagnostic majeure. La concurrence dont on crève aujourd'hui est accessoirement la chinoise, et fondamentalement le mode de construction européen, qui repose sur une concurrence fiscale et sociale frontale à l'intérieur de l'Union.


Guillaume Bachelay
- Nous sommes au moins d'accord sur ce point.


Christian Saint-Etienne
- C'est cela qui est hallucinant. Nous faisons un débat de sourds. Le problème n'est pas le libre-échange, mais le fait que l'Europe ne comprenne pas que ce système ne fonctionne que dans un certain cadre, et que, pour l'acquérir, il faut une stratégie de mise en œuvre.


Guillaume Bachelay
- Sauf qu'il y a urgence et que c'est dès maintenant qu'il faut en tirer les conséquences...
(source le figaro)

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Mercredi 22 avril 2009 3 22 /04 /Avr /2009 11:02

Colloque de la Fondation Res Publica : Crise du libre-échange mondial : comment en sortir ?

Poursuite du cycle de colloques de la Fondation Res Publica lundi 27 avril 2009 à 18h à la Maison de la Chimie (28, rue Saint Dominique 75007 Paris). En voici le programme ci-dessous.

 

Avec la participation de :

  • Jean-Luc Gréau, économiste, auteur de La trahison des économistes (Gallimard, 2008)
  • Hakim el Karoui, banquier d’affaires, auteur de L’avenir d’une exception (Flammarion, 2006)
  • Jacques Sapir, directeur d'études à l'EHESS, auteur de Le nouveau XXIè siècle (Seuil, 2008).
  • Jean-Marc Daniel, professeur d'économie à l'ESCP-EAP et directeur de la revue Societal
  • Jean-Pierre Chevènement, président de la Fondation Res Publica

    Sur le sujet, voir le blog
    www.protectionnisme.eu.

    Inscrivez-vous à l'adresse électronique
    res-publica@wanadoo.fr (Merci de préciser vos nom et coordonnées complètes). Pour consulter les travaux de la Fondation Res Publica, fondation reconnue d'utilité publique par décret du 30 décembre 2005, une seule adresse : www.fondation-res-publica.org.

 


Agrandir le plan

Cette information est donnée à l'intention de nos sympathisants et adhérents qui se trouveraient  à Paris à cette date. Par ailleurs, vous pouvez vous procurer les cahiers de res publica en écrivant à la fondation. Ils constituent un bon fond de bibliothéque pour tout militant républicain.
Publié dans : LE MRC
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Mercredi 22 avril 2009 3 22 /04 /Avr /2009 10:31

Communiqué de Georges SARRE en réaction aux annonces du Président de la République

 

Le Président de la République apporte aux phénomènes de bandes des réponses Canada Dry : ça a l’apparence d’une politique de sécurité, mais ce n’est pas une politique de sécurité. En particulier, le nouveau délit de « participation en connaissance de cause à un groupement, même formé de façon temporaire » est redondant par rapport à l’actuel délit « d’association de malfaiteurs ». Quant aux violences en groupe, « en réunion » ou en « bandes organisées » elles sont déjà des circonstances aggravantes.

Il existe une réalité des phénomènes de bandes, qui, sans être nouvelle, est effectivement croissante, notamment en Ile de France. Elle s’inscrit dans un contexte de crise économique et sociale, de crise nationale et civique, de crise de l’autorité et de la parentalité…

Cette réalité appelle des actes et non des paroles, fussent-elles présidentielles :

- Il faut agir : partager l’information en temps réel, entre acteurs de la prévention : éducation nationale, municipalités, organismes de prévention spécialisée, police, justice.

- Il faut agir : lutter efficacement contre l’absentéisme chronique à l’école, la déscolarisation, et plus globalement l’échec scolaire, grâce à une mobilisation accrue de l’administration de l’Education Nationale et à l’ouverture d’établissements spécialisés.

- Il faut agir : renforcer la présence policière au plus proche du terrain.

- Il faut agir : lutter contre la récidive, en renforçant la qualité de la réponse judiciaire, grâce au recrutement de magistrats et d’éducateurs de la PJJ (Protection Judiciaire de la Jeunesse) , au développement des alternatives à la peine et a l’incarcération, et au renforcement des moyens des services pénitentiaires afin d'exécuter plus vite les peines et de mieux préparer les détenus à la sortie de prison…

A Paris, le Contrat Parisien de Sécurité signé le 3 mars dernier prévoit une réponse globale et coordonnée aux phénomènes des bandes. Mais de quels moyens disposeront les acteurs de la sécurité, quand on voit, notamment, le sous effectif chronique du tribunal pour enfants de Paris, de la Protection Judiciaire de la Jeunesse et des Services Pénitentiaires d'Insertion et de Probation ? Pourra-t-on maintenir et renforcer une police urbaine de proximité à Paris quand la RGPP prévoit à l’échelle nationale la suppression de 18.000 policiers ? Quels moyens les collectivités pourront-elles consacrer à la prévention quand l’Etat étrangle leur budget en n’attribuant pas les financements des politiques décentralisées (l’Etat doit ainsi 300 Millions d’Euros en 2009 à la ville et au département de Paris) ?

Il y aurait bien des chantiers pour une action gouvernementale audacieuse et volontariste contre l’insécurité, et notamment les phénomènes des bandes. Mais le Président de la République, plutôt que de faire le choix de l’action, préfère la surenchère dans la communication, le bavardage et la gesticulation juridiques. Dans ces conditions, on peut craindre que les statistiques des violences aux personnes, notamment non crapuleuses, se dégraderont sans cesse au cours des prochains mois, comme elles se sont sans cesse dégradées depuis que Nicolas Sarkozy a eu des responsabilités en matière de sécurité intérieure.


Georges SARRE
Maire adjoint de Paris chargé de la sécurité et de la prévention
Secrétaire national du Mouvement Républicain et Citoyen

Pour compléter le texte de Georges SARRE, et concernant le droit de disposer pour les victimes de l'assitance d'un avocat dès l'agression, propos tenus devant les médias hier par le Président de la République, il se trouve que pas plus tard qu'hier un policier parisien victime d'une agression et blessé a cherché vainement à trouver un avocat pour représenter ses intérêts. Le service concerné ne répondait pas.

On attend de voir avec intérêt la mise en oeuvre des propos de Mr le Président qui soit dit en passant était, il n'y a pas si longtemps, Ministre de l'intérieur.

Jacky Eouzan
1er Secrétaire du Mrc 22
Publié dans : Politique Générale
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Mercredi 22 avril 2009 3 22 /04 /Avr /2009 09:27




Alain Duhamel a encore fait très fort 
ce matin sur RTL.
Evoquant l'incident de Durban, qui a vu l'ambassadeur de France quitter la séance pour protester contre un discours du président iranien, l'indéboulonnable journaliste a réussi par un tour de passe-passe assez incroyable à mettre sur le même plan la "tentation" du protectionnisme, avec celle du racisme et de la xénophobie (ses propos sont exactement les suivants : "on sait qu'on est dans une grave crise, et que dans des crises de ce genre, il y a toujours des tentations de protectionnisme, de nationalisme, de racisme, de xénophobie").

Pourquoi Alain Duhamel a-t-il choisi d'établir un lien implicite entre protectionnisme et racisme ? Quel rapport entre les deux ? Nous avons d'un côté une attitude individuelle, condamnable d'un point de vue moral et fondée sur l'existence de préjugés, et de l'autre une théorie économique qui prétend viser l'efficacité et le bien-être.
Il n'y a donc strictement aucun rapport entre ces deux notions, qui se situent sur des plans radicalement différents.

Quand le prix nobel d'économie 2008 Paul Krugman promeut un protectionnisme raisonné, il n'est pas raciste. Quand le sociologue Emmanuel Todd et l'économiste Jean-Luc Gréau défendent un point de vue comparable, ils ne sont pas davantage racistes ou xénophobes.

En réalité, Alain Duhamel est suffisamment cultivé et intelligent pour savoir tout ça. Sa petite phrase n'est évidemment pas le fruit de l'ignorance ou du hasard.
Glissée au milieu de 3 minutes 45 s de chronique, elle vise à décrédibiliser le combat protectionniste en l'assimilant inconsciemment dans les esprits à une attitude de rejet de l'autre, de fermeture sur soi, attitude qui confinerait au racisme et à la xénophobie.

Alain Duhamel, comme ses pairs de la bien-pensance, sait bien que le protectionnisme connaît un véritable renouveau dans la pensée économique. La crise qui débute est largement le résultat d'un libre-échange généralisé qui a oublié les nations et les protections légitimes, particulièrement en Europe où l'Union européenne a poussé à l'ouverture sans retenue.

Il faut donc sauver le soldat libre-échange. Et pour y parvenir, tous les coups sont permis, y compris les comparaisons et les insinuations les plus fallacieuses.

En vérité, l'argument du "racisme et de la xénophobie" est couramment utilisé dans le débat public pour compromettre des propositions qui dérangent le pouvoir en place.
Ainsi, soulever la question de l'immigration et celle des échecs patents de l'intégration est assimilé à du racisme, ce qui clôt immédiatement le débat et pousse à l'autocensure. 
Dire que l'immigration est depuis des décennies prioritairement réclamée par le grand patronat soucieux de disposer d'une main d'oeuvre abondante pour faire pression à la baisse sur les salaires et les droits sociaux, est presque impossible pour la même raison.

Derrière cette petite manip', on retrouve bien sûr ceux qui profitent à fond de ce Système et qui ont intérêt à ce que rien ne change. Maquillant leur volonté de maintenir le statu quo en un combat moral, ils parviennent parfois à tromper quelques naïfs persuadés de servir le "Bien" en épousant leur cause...

Alain Duhamel n'a donc pas fait preuve d'une très grande originalité ce matin. Il a utilisé une vieille technique qui a malheureusement fait ses preuves.
Ce qui est assez nouveau en revanche, c'est d'avoir pris comme cible le protectionnisme. Preuve qu'en haut lieu on s'inquiète de sa popularité croissante... 
(source le vrai débat)

Publié dans : International et Tiers Monde
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Mardi 21 avril 2009 2 21 /04 /Avr /2009 15:05

De la crise financière aux brouilles diplomatiques

 

Créer un groupe de travail parlementaire mixte (députés et sénateurs, majorité et opposition) est une bonne initiative (voir Face à la crise, 12 députés et 12 sénateurs confrontent leurs idées - 15 avril 2009).

Le recevoir à l’Elysée pour lui rendre compte des conclusions du G20 à Londres, début avril (voir Finance mondiale : les grands Etats corrigent certains abus du système - 3 avril 2009), est la preuve que le président de la République attache de l’importance aux travaux de ces parlementaires face à une crise financière aux conséquences redoutables pour les économies nationales.

 

Au cours du déjeuner, mercredi 15 avril, le président a voulu, comme d’habitude, se mettre en scène  et valoriser son rôle au cours du G20, ce qui passe systématiquement par des commentaires peu flatteurs concernant certains de ses collègues, chefs d’Etat et de gouvernement.

 

La presse n’était pas présente, mais son attention avait été attirée par l’article paru le 14 avril sur le site du quotidien Le Monde (cliquez ici), dans lequel la réception à l’Elysée était annoncée. C’est ainsi que Libération a pris ses dispositions pour obtenir, de bonne source, des échos de ce qui a été dit, notamment par le président de la République. Les journalistes Matthieu Ecoiffier et François Wenz-Dumas n’ont pas manqué, recoupant leurs informations (les convives étaient nombreux), de faire, le lendemain 16 avril, le récit de cette rencontre.

 

Ce qui pose surtout problème concerne le premier ministre espagnol. Le président a tenu, dans la conversation, à souligner que Zapatero a décidé de supprimer la publicité sur les chaînes de télévision publiques, imitant ainsi la France. Henri Emmanuelli, député PS des Landes, ayant relativisé la référence, le président a ironisé en faisant la comparaison avec Jospin (sans le citer), laissant entendre que Zapatero n’est peut-être pas très intelligent mais il a été réélu. Evidemment, c’est le qualificatif « pas très intelligent » qui a été retenu en Espagne. Pas le fait que Sarkozy porte une appréciation favorable sur Zapatero.

 

Au passage, remarquons que, pour Sarkozy, la capacité d’un homme d’Etat se mesure à ses performances électorales. Il est impressionné par Berlusconi, qui a été réélu deux fois (et non trois, comme il a dit). Voici cet article de Libération.  

Sarkozy se voit en maître du monde


Festival de «moi je» hier à l’Elysée. De l’entrée au dessert, des tomates mozzarella à la mousse aux éclats de fruits et de chocolat, la vingtaine de parlementaires de tous bords conviés à déjeuner par le chef de l’Etat pour discuter régulation du capitalisme et paradis fiscaux ont eu droit, selon un convive, à «du Nicolas Sarkozy à 200 %, c’est-à-dire étrangement proche de sa propre caricature. On était en petit comité mais il parlait comme à la télé ou à un meeting de l’UMP !»


Ces députés et sénateurs que recevait le président de la République font partie d’un groupe de travail original constitué en novembre pour réfléchir sur la crise financière internationale. Ce club composé de 12 députés et 12 sénateurs, a donc décidé à l’issue du déjeuner de se baptiser «G24». «Le G24 est bicaméral et multipartis», résume Hervé Mariton (UMP), qui est avec Jean-Pierre Brard (apparenté communiste), Jean-Pierre Chevènement (MRC), Henri Emmanuelli (PS) ou Nicolas Perruchot (Nouveau Centre) un des piliers de cet aréopage placé sous la double responsabilité des deux présidents des commissions des finances de l’Assemblée nationale et du Sénat, le socialiste Didier Migaud et le centriste Jean Arthuis.


Obama.
Arrivé un peu en retard dans la petite salle à manger, le Président «a tenu sa promesse de nous informer du contenu du G20. Il nous reverra avant le prochain conseil européen de juin», raconte un participant. Et s’il «a été plus bavard que d’habitude», il a mené son débriefing tambour battant, tutoyant les uns, charriant les autres, tout en tapotant ses SMS, ravi de se mirer dans la vitrine de cette mini-union sacrée face à la crise.


En plat de résistance, les premiers pas de Barack Obama sur la scène internationale
. «Obama est un esprit subtil, très intelligent et très charismatique. Mais il est élu depuis deux mois et n’a jamais géré un ministère de sa vie. Il y a un certain nombre de choses sur lesquelles il n’a pas de position», assure Nicolas Sarkozy. Et il «n’est pas toujours au niveau de décision et d’efficience», dont lui-même ferait preuve.
Exemple : la taxe carbone. Compte rendu, version Sarkozy, de son échange avec Obama sur le sujet : «Je lui ai dit : "Je crois que tu n’as pas bien compris ce qu’on a fait sur le CO2. Tu as fait un discours, il va falloir des actes." Le pack énergie-climat que j’ai fait adopter sous la présidence française [de l’Union européenne, ndlr] prévoit en 2020 une baisse de 20 % des rejets de 1990. Nous, en Europe, il y a des sanctions contre les Etats et les entreprises. Lui, il s’engage seulement à revenir au niveau de 1990 et il n’y a pas de sanction.»


Nicolas Sarkozy tape aussi sur José
Manuel Barroso, le président de la commission européenne, «totalement absent du G20». Angela Merkel ? «Quand elle s’est rendu compte de l’état de ses banques et de son industrie automobile, elle n’a pas eu d’autre choix que de se rallier à ma position», s’autocongratule le Président.


Après ce compte rendu très personnel du G20, on passe aux choses sérieuses
: la régulation du système bancaire et les paradis fiscaux. Nicolas Sarkozy propose de «créer un véhicule pour mutualiser les actifs pourris des établissements bancaires», afin de ne pas refaire comme naguère avec le Crédit lyonnais une bad bank chargée d’écouler les actifs douteux. En même temps, il fait l’éloge de la titrisation, pourtant à l’origine de la crise américaine. «Il y a eu des excès, mais il faut la faire repartir», lâche Sarkozy. Henri Emmanuelli objecte un «ça se discute». «Henri, toi qui as été banquier, tu le sais très bien. La titrisation a permis le développement du monde depuis vingt ans», réplique le chef de l’Etat. «Je vais exiger de la Commission européenne que les banques aidées ou nationalisées cèdent des actifs, comme j’ai été obligé de le faire quand j’ai acheté 22 % du capital d’Alstom», poursuit-il, évoquant l’opération qu’il avait réalisée en 2004 lors de son passage au ministère de l’Economie.


Le centriste Jean Arthuis s’inquiète du coût pour le contribuable ? «S’il y avait une solution plus simple, je pense qu’on me l’aurait dite», appuie Sarkozy. Quand Jean-Pierre Brard tente une percée sur le terrain du pouvoir d’achat, il se fait aussitôt rembarrer : «On ne va pas parler de ça. On ne va pas retomber dans la politique politicienne !»


Au moment du dessert, Nicolas Sarkozy se fait servir «une compote de pomme comme un enfant», s’étonne le député (Verts) François de Rugy. En guise de douceur, le président de la République ne résiste pas à informer ses convives que «le gouvernement espagnol vient d’annoncer la suppression de la publicité sur les chaînes publiques. Et vous savez qui ils ont cité en exemple ?» «On peut dire beaucoup de choses sur Zapatero», remarque Emmanuelli. «Il n’est peut-être pas très intelligent. Moi j’en connais qui étaient très intelligents et qui n’ont pas été au second tour de la présidentielle», s’amuse Sarkozy en allusion à Lionel Jospin. Avant de revenir à son sujet de prédilection : «D’ailleurs, dans ma carrière politique, j’ai souvent battu des gens dont on disait qu’ils étaient plus intelligents et avaient fait plus d’études que moi.»«On a pensé à Villepin», lâche un convive. Conclusion du Président : «L’important dans la démocratie, c’est d’être réélu. Regardez Berlusconi, il a été réélu trois fois.»


Avant de se séparer, le locataire de l’Elysée a promis aux élus du «G24» de les inviter pour un quatrième déjeuner en juin. Les deux premiers ont eu lieu début novembre 2008 et le 30 mars dernier (…).


Lire les réactions en Espagne Le repas élyséen agite l’Espagne (Libération, 17 avril) et les commentaires d’Arnaud Leparmentier, sur le site du Monde, le 18 avril Nicolas Sarkozy et les risques diplomatiques du parler-cru.

Là-dessus, Ségolène Royal a cru bien faire, dans le droit fil de son intervention très médiatisée à Dakar, en demandant pardon à Zapatero au nom de la France, provoquant une contre-offensive (qu’elle cherchait) venant de l’UMP.

Voir, à ce sujet, l’article signé Pierre Haski sur le site de Rue89 (18 avril) : Les pardons de Ségolène Royal ou le comique de répétition.  

Publié dans : Politique Générale
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Lundi 20 avril 2009 1 20 /04 /Avr /2009 16:15

 

  6 7 8 9 fin

Merci de répondre à notre sondage sur les européennes. Juste 3 petites questions. Merci !

* * *


Les élections européennes riment souvent avec abstention. 43% de votants seulement en 2004, et cette année encore, de nouveaux records pourraient bien être battus.
On le sait, la tentation est forte chez certains de manifester leur mécontentement, leur ras-le-bol ou leur opposition à l'Europe en s'abstenant d'aller voter.

 

Si cette attitude peut se comprendre pour différentes raisons, elle n'est pas à notre sens la plus efficace, en premier lieu parce qu'elle répond à une attente très forte d'un Système qui pousse à l'abstention record.

 

Revenons d'abord sur les raisons qui justifient souvent la tentation de l'abstention :

 

* Pour la plupart de ceux qui envisagent cette attitude le 7 juin prochain, la motivation principale tient à la lassitude de toujours voter pour rien.
Depuis 25 ans, les gouvernements de gauche comme de droite se succèdent, sans que rien jamais n'évolue dans le bon sens. Les politiques menées ne varient qu'à la marge, et la situation du pays continue de se dégrader.
Le sentiment d'un vote inutile a été de surcroît considérablement renforcé par l'épisode de la Constitution européenne, le gouvernement et le parlement s'étant permis de revenir, via le Traité de Lisbonne, sur le vote souverain des Français exprimé par référendum le 29 mai 2005.
Cette trahison antidémocratique n'a pas fini de produire ses effets dévastateurs. Elle a créé un précédent, qui chaque jour distille son poison et mine un peu plus le pacte démocratique passé entre le peuple et ses représentants ;

* Outre ce ras-le-bol, beaucoup d'abstentionnistes critiques vis-à-vis de Bruxelles font un raisonnement assez simple, mais somme toute compréhensible, qui consiste à dire qu'on ne participe pas à une élection organisée pour permettre le fonctionnement d'une structure qu'on combat, l'Union européenne ;

* Les puristes affirment même, avec raison, que le parlement européen n'a pas de raison d'être, dans la mesure où il n'y a pas de peuple européen. L'absence de peuple, de demos européen, ne permet pas l'émergence d'une démocratie européenne, et a fortiori d'un parlement. Il n'y a en Europe qu'une addition de peuples nationaux, et donc de démocraties nationales.
D'ailleurs, avant sa première élection au suffrage universel en 1979, le parlement européen respectait ces principes de bon sens en n'étant que l'addition de délégations nationales issues des parlements des pays membres.

Il ne s'agit pas d'écarter ces motivations d'un revers de la main.
Tous ceux qui n'ont pas renoncé face au Système, et ils sont heureusement nombreux, doivent cependant avoir à l'esprit que l'abstention ne sera jamais un moyen efficace de changer réellement l'Europe et de se débarrasser de l'Europe de Bruxelles. 

Et ce pour plusieurs raisons :

* La première d'entre elle est peut-être la plus importante.
Elle tient au fait que l'abstention aux élections européennes, qui touche majoritairement les catégories de la population les plus défavorisées, c'est à dire celles qui souffrent le plus des conséquences des politiques euro-libérales, est voulue, incitée, et organisée par les partis en place.
Comme nous l'avons récemment souligné, le PS et l'UMP ont intérêt à l'abstention la plus forte possible. Ayons bien en tête que le Système s'est déjà très bien accomodé d'une abstention massive aux dernières élections européennes, et qu'il pourrait sans aucun souci s'accomoder d'une abstention encore plus forte, même égale à 90%. Passé un quart d'heure de pleurnicheries après l'annonce des résultats sur les plateaux de télévision, tout le monde s'empresse traditionnellement d'oublier le chiffre de l'abstention, et seuls les résultats sortis des urnes demeurent. Ne croyons pas que cela changera demain.
S'abstenir n'est donc en rien subversif. C'est au contraire faire le jeu du Système en croyant de bonne foi lui faire du tort ;

* A cela s'ajoute le mode de scrutin des élections européennes.
Même si la réforme de 2004 a amoindri les effets de la proportionnelle, en régionalisant des circonscriptions et en relevant de fait le seuil d'élection des députés, il demeure que les parlementaires européens sont élus proportionnellement au poids des listes en présence. Contrairement aux élections législatives françaises, il est donc relativement aisé d'envoyer des élus dissidents au parlement européen ;

* Ensuite, il ne faut pas oublier que ces élections ne concernent pas que la France, mais l'ensemble des Etats membres de l'UE. Or, dans nombre de pays, la tendance est nettement à la montée des mouvements d'opposition à l'Europe de Bruxelles.
Qu'il s'agisse du Royaume-Uni, de la Belgique, de l'Allemagne, de la Scandinavie ou de plusieurs pays de l'Est, on assistera probablement le 7 juin prochain à l'élection du parlement européen le moins européiste de son histoire. Le vote dissident en France contribuerait donc à renforcer une dynamique à l'oeuvre sur tout le continent.
Plus de dissidents au parlement, c'est une Europe qui avance moins vite, moins facilement, c'est une meilleure information sur ce qui se trame dans les couloirs de Bruxelles, c'est une plus grande possibilité de faire entendre un autre discours ;

* Enfin, revenons toujours à des principes démocratiques assez sains lorsqu'on hésite.
Si on n'approuve pas la manière dont se "construit" l'Europe depuis des années, il faut tout simplement voter pour les mouvements politiques qui sont de cet avis, et l'offre en la matière existe.
Qu'on le veuille ou non, s'abstenir c'est toujours donner sa voix au camp d'en face, en l'occurrence l'UMPS-Modem pour ceux qui n'acceptent pas ce qu'incarne Bruxelles, cette Europe de la désespérance, cette Europe arrogante, antidémocratique et ultralibérale.


Nous n'avons pas l'habitude de donner des consignes de vote sur ce site, mais l'essentiel est de percevoir clairement que le vrai débat des européennes se jouera entre les partis du statu quo, ceux qui votent tous les Traités et toutes les directives depuis des années (vous les aurez reconnus...), et les partis du changement, de la rupture, la vraie.
Chacun ensuite doit faire son choix en conscience, en conservant sa pleine liberté et sa capacité d'analyse, loin des injonctions du politiquement correct et du prêt-à-penser médiatique.
(source le vrai débat)

Publié dans : L'Europe
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Lundi 20 avril 2009 1 20 /04 /Avr /2009 15:22
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Introduction par Sami Naïr

Intervention de Sami Naïr lors de la seconde partie du colloque du 14 février 2009, L'Europe au défi de la crise : "L'Union est-elle économiquement et institutionnellement réformable ?".


Introduction par Sami Naïr
Nous avons eu ce matin un débat extrêmement intéressant à propos des problèmes que pose le fonctionnement institutionnel de l’Union européenne. Le fait qu’on ait peu parlé des perspectives est assez symbolique de la situation dans laquelle nous sommes.

Cet après-midi, nous allons essayer d’affronter une question dont le seul énoncé laisse rêveur mais qui n’en est pas moins indispensable par les temps qui courent : L’Union européenne est-elle réformable ?
Face à cette question, une séparation s’opère entre ceux qui pensent qu’elle n’a pas besoin d’être réformée mais seulement adaptée aux conditions de la période et ceux qui considèrent que l’Union européenne nécessite une profonde réforme, une réorientation, peut-être même une refondation, si elle veut exister et faire face au problème historique auquel le continent européen, et chacun des Etats-Nations, est aujourd’hui confronté à l’occasion de la crise mondiale et européenne.

Nous entendrons Bastien François, professeur de science politique à l’Université de Paris I, Olivier Gohin, professeur de droit public à l’Université de Paris II, Guillaume Duval rédacteur en chef d’Alternatives économiques, Christian Deubner, économiste au CEPI qui, après avoir longtemps travaillé en France, est aujourd’hui retourné dans sa bonne ville de Berlin d’où il officie sur la crise mondiale, André Gauron, conseiller-maître à la Cour des Comptes et économiste réputé. Jean-Pierre Chevènement conclura nos travaux. Je donne la parole à Bastien François.

 

Comment répartir les compétences entre les États-nations et l'Union ?

Intervention de Olivier Gohin, professeur de droit public à Paris II, Panthéon-Assas, lors de la seconde partie du colloque du 14 février 2009, L'Europe au défi de la crise : "L'Union est-elle économiquement et institutionnellement réformable ?".


Comment répartir les compétences entre les États-nations et l'Union ?
Monsieur le Président, Messieurs les représentants de la Nation, Mesdames, Messieurs, chers collègues.

Il y a, entre le politiste et le juriste, la différence qu’il y aurait, dit-on, entre Corneille et Racine : à l’un, le monde tel qu’il devrait être et, à l’autre, le monde tel qu’il est. Le monde ou l’Union européenne, c’est tout comme depuis que l’on nous apprend que, de l’autre côté du Bosphore c’est l’Europe, qu’au-delà du Caucase c’est encore l’Europe et que derrière l’Oural, c’est toujours l’Europe. En tant que juriste qui enseigne l’Etat ou ce qu’il en reste, du moins en France, décrire l’Union européenne telle qu’elle est, ne peut donc pas conduire jusqu’au bout d’un sujet prospectif. Un tel sujet : comment répartir les compétences entre, d’une part, les Etats membres (ce ne sont pas toujours des Etats-nations, tant s’en faut) et, d’autre part, l’Union – comprendre l’Union européenne - suppose le choix de Corneille, un choix cornélien, si difficile ou, plutôt, si risqué.

Mais, on ne peut tout de même pas faire l’impasse sur ce qui existe ; l’alternative suppose la connaissance de la réalité tant il est vrai que toute variation, en plus ou en moins, s’opère nécessairement par rapport à un point fixe – on peut dire aussi à une éprouvette-témoin ou à une base de référence, qui ne peut être que le droit positif : celui des traités instituant la Communauté européenne ou du traité sur l’Union européenne, version Nice, sans pouvoir désespérer de l’échec du traité de Lisbonne dans une Europe faite sans les citoyens, à défaut de pouvoir être faite avec eux, dans l’incapacité où la construction européenne se trouve durablement de changer de logiciel.

Pour autant, on n’écartera pas complètement du champ d’étude le traité de Lisbonne de 2007 qui est une réitération désordonnée de la Constitution de 2004 quoique, pour les Etats membres, le traité soit au fond déconstitutionnalisé. On ne le fera pas pour la première raison que ce sujet prospectif, comme tout ce colloque, est axé, à la vérité, sur l’Union européenne, et sur elle seulement, cette Union européenne englobante dont on nous assure qu’elle surgira, un jour prochain, de la fusion des trois piliers, en absorbant ainsi la Communauté européenne : l’Union récupèrera la personnalité juridique de la Communauté, tout en mettant l’économique à la pleine dimension du politique, selon un dessin tracé depuis que le traité de Maastricht de 1992 a rapidement pris le relais de l’Acte unique européen de 1986. Il fallait craindre sans doute, une fois le grand marché unique réalisé, que Bruxelles ne redevînt une ville ennuyeuse.

Force est de constater qu’il n’y a pratiquement plus de domaines de l’action publique, en France et dans les autres Etats membres, qui ne soit impacté, à présent, par l’exercice d’une compétence de la Communauté ou de l’Union. Si l’on se réfère au site Eur-Lex, on vérifie ainsi, que, dans les vingt domaines d’action de la Communauté ou de l’Union, tels qu’énumérés dans le « Répertoire de la législation communautaire en vigueur », ce ne sont pas moins de 17 221 actes contraignants qui ont été pris par la Communauté ou par l’Union, au 1er février 2009, dont plus de la moitié (54, 5 %) dans les quatre domaines suivants, par ordre décroissant : l’agriculture (3262 actes), les relations extérieures (3110 actes) et, loin derrière, la politique de la concurrence (1637 actes) ainsi que la politique industrielle et le marché intérieur (1374 actes).

Il en est ainsi parce que la construction européenne est fédéraloïde : cela n’est pas douteux et ne mérite pas de longs développements. Il suffira de se référer à la vision de la construction européenne depuis son origine. La déclaration Schuman du 9 mai 1950 est, à cet égard, sans équivoque : elle mentionne bien une « Fédération européenne ». On ne saurait oublier, tout de même, que la CECA de 1951 est contemporaine de la CED et que l’impôt CECA lançait déjà l’Europe communautaire dans l’espace du fédéralisme européen. On ne saurait oublier, également, que les deux autres Communautés ont été bâties sur le modèle de la CECA, avec des institutions qui sont initialement communes : l’Assemblée parlementaire et la Cour de justice, avant la fusion des exécutifs, décidée en 1965 et réalisée en 1967. Et comment ne pas voir que la Constitution européenne de 2004 se situait dans l’exact prolongement de la jurisprudence de la Cour de justice, passablement constructive, notamment de son arrêt du 23 avril 1986 Les Verts c/ Parlement qui désigne le traité CEE comme la « Charte constitutionnelle de base ». Cette Constitution européenne n’était donc ni une bévue ni une foucade, mais bien la tentative de consécration d’un long processus de fédéralisation.

Pourquoi, d’ailleurs, ce fédéralisme caché, pour ne pas dire honteux, en Europe ? Car on peut soutenir que les Etats membres de l’Union sont actuellement moins bien protégés qu’ils ne le seraient dans un véritable Etat fédéral. En effet, ils perdent sur tous les tableaux dès lors que l’Union est construite comme une organisation internationale, et non comme un Etat fédéral, quand bien même ses institutions supranationales s’inscrivent délibérément, encore et toujours, dans un processus de fédéralisation rampante. De traité en traité, de jurisprudence en jurisprudence, une telle organisation internationale est ainsi en train de sauter l’étape de l’Etat fédéral constitutionnalisé, pour aller directement vers un grand Etat unitaire, régi par une immense bureaucratie où l’espace de la liberté démocratique, en matière communautaire, est comprimé entre les deux piliers de l’initiative exclusive de la Commission et de la décision souveraine de la Cour avec, au milieu de la tenaille, quelque part entre Strasbourg et Bruxelles, un Parlement qui représente mal, qui légifère trop et qui ne contrôle rien.

C’est à la farouche opposition des négociateurs britanniques que l’on doit d’avoir conservé, dans la Constitution européenne de 2004, et donc dans le traité de Lisbonne de 2007, ce « mode communautaire » et non fédéral : « l’Union européenne (...) exerce sur le mode communautaire les compétences que les Etats membres lui attribuent » (en ce sens, Const. europ., art. I-1, § 1). La construction européenne est donc bien, au fond, de type fédéral. Dès lors, la question qui se pose – et elle concerne, au premier chef, la répartition des compétences entre les Etats membres et l’Union - est de savoir si le choix, même implicite, a été fait entre le fédéralisme à l’américaine et le fédéralisme à l’allemande :

- le fédéralisme à l’américaine protège les Etats membres dans le texte de la Constitution par une liste des compétences d’attribution de l’Union limitativement énumérées, comme cela résulte du Xe amendement à la Constitution de 1787 : « Les pouvoirs qui ne sont pas délégués aux Etats-Unis par la Constitution ou qui ne sont pas refusés par elle aux Etats, sont conservés par les Etats ou par le peuple »; mais, il faut s’attendre alors à ce que le juge fédéral vienne renforcer et développer le champ du droit fédéral contre la compétence de principe des Etats membres, serait-elle prévue par telle ou telle Constitution fédérée ou garantie par elle ;

- le fédéralisme à l’allemande protège les Etats membres contre le juge fédéral qui est nécessairement constitutionnel, comme l’exprime, à mots couverts, l’article 79 § 1 de la Loi fondamentale de 1949 : « La loi fondamentale ne peut être modifiée que par une loi qui amende ou complète expressément son texte » ; mais il faut s’attendre alors à ce que les compétences de la Fédération soient nombreuses et larges (LF, art. 70 §1) : législation exclusive (LF, art. 70 §2, 71 et 73), législation concurrente (LF, art. 70 §2, 72, 74 et 74-a) et droit de la Fédération d’édicter des règles générales (LF, art. 75).

Pour autant que l’on s’en tient à ces deux modèles de fédéralisme par association, on comprend bien que l’on est, ici, dans un système de vases communicants :

- soit, selon le modèle américain, le constituant fédéral est réservé et le juge fédéral est expansif ;

- soit, selon le modèle allemand (autrichien, en réalité), le constituant fédéral est expansif et le juge fédéral est réservé.

Le problème de la construction européenne - on pourrait dire son vice ou son drame, c’est qu’elle est passée du modèle américain au modèle allemand en cumulant les inconvénients de ces deux modèles pour les Etats membres : elle a conservé un juge communautaire expansif alors que les négociateurs des nouveaux traités communautaires sont devenus eux-mêmes expansifs de sorte que la machine à broyer la souveraineté des Etats membres tourne, à présent, à plein régime même si les peuples, les rares fois où ils sont consultés par référendum, tentent – sans succès durable, le plus souvent - de la maîtriser :

- dans un premier temps, c’est le modèle américain qui a été suivi par la construction communautaire, pour la raison que deux des trois communautés étaient spécialisées, l’une sur le charbon et l’acier, l’autre sur l’énergie atomique et que la troisième, pour être générale, était strictement économique, axée sur quelques politiques communes : pour l’essentiel, initialement, la politique douanière ; la politique agricole ; la politique de la concurrence et la politique des transports. Dès lors, initialement, comme la Cour suprême avait consolidé les Etats-Unis par sa jurisprudence sur la clause de commerce, c’est la Cour de justice qui a construit l’Europe communautaire sur la base du droit de la concurrence, selon une logique fédérale qui a tardivement heurté les Etats : il y a une concomitance certaine à souligner entre l’arrêt de principe Costa c/ ENEL du 15 juillet 1964 sur la primauté du droit communautaire et la « la crise de la chaise vide » par laquelle la France, revenue, depuis 1958, aux claires exigences de la souveraineté, s’efforce, mais en vain, de donner un coup d’arrêt à la dérive supranationale de la Communauté.

- dans un second temps, c’est le modèle allemand qui a été suivi dans le traité de Lisbonne de 2007 qui conduit, selon la pente du traité de Maastricht de 1992, à attribuer progressivement à l’Union vingt-trois nouvelles compétences. Elles sont réparties, désormais, entre compétences exclusives et compétences partagées, avec renvoi aux Etats membres du soin de mettre en œuvre les actes contraignants pris par les institutions de l’Union dans l’exercice de ces compétences. Pour autant, l’Union conserve le bénéfice des jurisprudences antérieures dans l’exercice de ses compétences partagées, et prévaut ainsi sur les Etats membres, pour une double raison :
. d’une part, parce que, sur le fondement de l’arrêt de principe Costa c/ ENEL du 15 juillet 1964, prolongé notamment par les arrêts Internationale Handesgesellschaft du 17 décembre 1970, Simmenthal du 9 mars 1978, ou Mme Tanja Kreil du 11 janvier 2000, l’exercice de la compétence partagée par l’Union produit un droit qui s’impose aux Etats membres, quel que soit l’acte contraignant de l’Union et quel que soit le niveau normatif de l’action de l’Etat membre ;
. d’autre part, parce que, dans le prolongement de l’arrêt de principe AETR du 31 mars 1971, la définition de règles dans une politique commune de la compétence de l’Union, en l’espèce celle des transports routiers, crée une incompétence à l’encontre des Etats membres de sorte qu’ils ne sont plus en droit, individuellement ou collectivement, de contracter avec les Etats tiers des obligations affectant ces règles. Toute compétence partagée a donc vocation à devenir exclusive dans la mesure où, dans le domaine concerné, l’Union exerce sa propre compétence de façon prioritaire : « les Etats membres exercent à nouveau leurs compétences dans la mesure où l’Union a décidé de cesser de l’exercer » (TFUE, art. 2 §2).

Dès lors, pour sortir de l’impasse actuelle d’une construction européenne au détriment des Etats membres, une première réponse à la question posée sur la répartition des compétences est d’envisager une solution fédérale (I). Une seconde réponse à la question posée est, à l’inverse, d’envisager une solution internationale (II).


I. La répartition des compétences selon une solution fédérale

La solution fédérale est étudiée ici sous l’angle de la répartition des compétences entre les Etats membres et l’Union exclusivement. La proposition qui est faite est d’inverser la logique actuelle pour retenir une construction doublement favorable aux Etats membres : des compétences qui seraient définies à l’américaine (A), avec un juge qui aurait des pouvoirs à l’allemande pour régler les conflits de compétence (B).

A. Des compétences à redéfinir à l’américaine

Il n’est pas douteux que la clé de répartition du Xe amendement précité de 1791 est transposée initialement dans la construction européenne à travers le principe dit « d’attribution » qui régit la délimitation des compétences de l’Union tandis que les principes ultérieurs de subsidiarité et de proportionnalité - hors sujet - se contentent de régir l’exercice de ces compétences attribuées : l’article 5 § 1 du traité instituant la Communauté européenne prévoit, en ce sens, que « la Communauté agit dans les limites des compétences qui lui sont conférées et des objectifs qui lui sont assignés par le présent traité », étant observé que ce texte ajoute aux compétences de la Communauté les objectifs du traité qui correspondent - le flou commence - à la mission de l’article 2, dénommée ensuite les fins énoncées à l’article 2. Dans la version en langue anglaise, on lit de même : « task » pour mission, à l’article 2, « purposes » pour fins, aux articles 3 et 4 et « objectives » pour objectifs, à l’article 5.

Comme il y a pas moins de huit objectifs fort vagues, mais susceptibles d’acquérir une valeur constitutionnelle dans la jurisprudence de la Cour de justice, qui vont d’ « un développement harmonieux, équilibré et durable des activités économiques » à « la cohésion économique et sociale et la solidarité entre les Etats membres », en passant, par exemple, par « un niveau d’emploi et de protection sociale élevé » ou « une croissance durable et non inflationniste », on se dit que la compétence d’exception de la Communauté risque d’être fort étendue et, par a contrario, la compétence de principe des Etats membres des plus réduites, au gré des interventions des institutions supranationales, à commencer par la Commission qui est la gardienne du droit communautaire originaire et dérivé (TUE, art. 211, § 2).

Or, telle n’est plus exactement la rédaction de l’article I-11 §2 de la Constitution européenne de 2004 puisque la notion d’objectifs y est maintenue avec cette précision implicite que les objectifs ne s’ajoutent pas aux compétences attribuées, mais définissent le cadre de leur exercice. Ce schéma est repris à l’article 5 § 2 du nouveau traité sur l’Union européenne, version Lisbonne 2007, ainsi rédigé : « en vertu du principe d'attribution, l'Union n'agit que dans les limites des compétences que les États membres lui ont attribuées dans les traités pour atteindre les objectifs que ces traités établissent ». Mais, on conçoit sans peine que cette nouvelle rédaction n’est en rien satisfaisante car la référence aux objectifs à atteindre ouvre en grand la porte à une interprétation extensive des compétences attribuées : il en est ainsi pour deux raisons :

- d’une part, chacun des huit objectifs est subdivisé en de multiples sous-objectifs parmi lesquels la concurrence libre et non faussée, l’économie de marché hautement compétitive, le combat des discriminations ou encore la diversité linguistique, parmi bien d’autres ;

- d’autre part, les valeurs de l’Union à l’article 2 (ex-Const. europ., art. I-2) ou les relations entre l’Union et les Etats membres à l’article 5 (ex-Const. europ., art. I-5) sont regardées elles-mêmes comme des objectifs : l’article 3 sur les objectifs dit que « l’Union a pour but de promouvoir (…) ses valeurs » (§ 1) de même que l’article 4 § 3, al. 3 précise que « les États membres (…) s'abstiennent de toute mesure susceptible de mettre en péril la réalisation des objectifs de l'Union ».

Il est vrai, cependant, que, par aller-retour, l’article 5 § 2 précité du nouveau traité sur l’Union européenne précise aussi que « toute compétence non attribuée à l'Union dans les traités appartient aux États membres » (égal., ex-Const. europ., art. I-11 § 2 et TUE, art. 4 § 1). Mais, pourquoi alors préciser que l’adhésion de l’Union à la Convention européenne des droits de l'Homme « ne modifie pas les compétences de l'Union telles qu'elles sont définies dans les traités » (art. 6 § 1, al. 2) ? Cela devrait aller de soi puisque l’on est hors compétence de l’Union. Et ne faut-il pas s’étonner de l’affirmation selon laquelle « l'Union respecte les fonctions essentielles de l'État, notamment celles qui ont pour objet d'assurer son intégrité territoriale, de maintenir l'ordre public et de sauvegarder la sécurité nationale » (art. 4 § 2) puisque l’on est aussi hors compétence attribuée à l’Union ? Du reste, le nouveau traité sur l’Union européenne le reconnaît : « En particulier, la sécurité nationale reste de la seule responsabilité de chaque État membre » (ibid.).

Comme s’il y avait un doute – et il n’est pas infondé – que l’Union soit en mesure de sortir des limites de ses compétences attribuées. Car, les exemples, en ce sens, sont légion. On peut le vérifier, notamment, dans la pratique de la commission : considérons, par exemple, la distribution des fonctions entre les commissaires : il existe un commissaire roumain, Leonard Orban, chargé du multilinguisme. En quoi est-ce une politique de l’Union européenne au titre d’une compétence attribuée à l’Union européenne ? Il est fait mention sur le site Europa – le portail de l’Union européenne - des « politiques de l'Union pour promouvoir l'apprentissage des langues et la diversité linguistique, les aptitudes linguistiques des citoyens européens aujourd'hui » ? Et, comme il faut bien justifier l’injustifiable, sont évoquées, dans cet ordre, la transparence, la légitimé, l’efficacité, la culture et - elle manquait - la qualité de la vie, la traduction étant finalement définie comme « la langue de l’Europe » ; il faut faire vraiment feu de tout bois, ce qui éloigne heureusement, mais incomplètement l’Union européenne de « quelque esperanto ou volapück intégrés ». Cela ne lui interdit pas, d’ailleurs, d’appeler « EU Bookshop » le point d’accès unique à toutes les publications de l’Union européenne.

Car, ce que l’on vérifie d’un traité à l’autre, c’est l’extension directe et continue des compétences internes de l’Union par une délégation irréversible de compétences dès lors que l’accord de l’ensemble des Etats membres, au même moment, est improbable pour retirer à l’Union telle ou telle compétence qu’ils lui ont directement attribuée, à titre exclusif ou partagé. Il en serait ainsi, en cas d’entrée en vigueur du traité de Lisbonne de cette nouvelle compétence exclusive : « l’établissement des règles de concurrence nécessaires au fonctionnement du marché intérieur » (ex-Const. europ., art. I-13 §1-b ; TFUE, art. 3 1-b)

L’essentiel tient, cependant, aux compétences partagées qui correspondent, dans le traité de Lisbonne, aux compétences attribuées à l’Union, hors compétences exclusives (ex-Const. europ., art. I-13 ; TFUE, art. 3) et hors actions d’appui, de coordination ou de complément (ex-Const. europ., art. I-17 ; TFUE, art. 6). Il en est ainsi, par exemple, de l’action extérieure qui tend à faire de la nouvelle Union européenne un acteur à part entière des relations internationales (TUE, art. 3 § 5 et 21). On fera quatre remarques complémentaires :

- le traité mentionne, à l’article I-14, que « les compétences partagées entre l’Union et les Etats membres s’appliquent aux principaux domaines suivants » (ex-Const. Europ., art. I-14 § 2 ; TFUE, art 4 § 2) de sorte que la liste de ces compétences, à cet article, n’est pas exhaustive ;

- le traité peut préciser que telle ou telle compétence partagée, exercée par l’Union, n’interdit pas aux Etats membres de l’exercer, ce qui neutralise la possibilité de transformation de la compétence partagée en compétence exclusive : tel est le cas en matière de recherche, de développement technologique et d’espace (ibid., § 3), mais aussi en matière de coopération au développement et d’aide humanitaire (ibid., § 4) ;

- la création des politiques économiques et de l’emploi (ex-Const. europ., art. I-15 ; TFUE, art. 5) ou de la politique étrangère et de sécurité commune (ex-Const. europ., art. I-16 ; TUE, art. 24 § 1) correspondent aussi, nécessairement, à des compétences partagées, également insusceptibles de devenir exclusives (en ce sens, au sujet de la PESD, TFUE, art. 329 §1 qui distingue compétence exclusive et PESD) ;

- on ne voit pas très bien comment les domaines des actions d’appui, de coordination ou de complément (par ex., art. 84 préc. TFUE en matière de prévention du crime) ne relèveraient pas aussi d’une compétence partagée, sans possibilité d’acquisition de l’exclusivité de compétence.

Mais, il faut aussi souligner d’autres hypothèses d’extension de compétences, de façon indirecte, au profit de l’Union parmi lesquelles

- l’extension, hors subsidiarité (ex-Const. europ., art. I-11 § 3, TUE, art. 5 § 3 et protocole n° 2), de la compétence exclusive de l’Union pour la conclusion d’un accord international prévu par un acte législatif de l’Union ou nécessaire à l’exercice de la compétence interne de l’Union ou susceptible d’affecter ou d’altérer les règles communes (ex-Const. europ., art. I-13 § 2 ; TFUE, art. 3, § 2) ;

- l’extension, dans le cadre de la subsidiarité, de la compétence partagée de l’Union par le jeu de la clause de flexibilité, notamment pour harmoniser les dispositions législatives et réglementaires des Etats membres, sauf exclusion expresse par les traités (ex-Const. europ., I-18 ; TFUE, art. 352).

Il y aurait donc lieu de supprimer à l’avenir les compétences partagées qui sont une source considérable de réduction ou de contestation ou de contournement du pouvoir des Etats membres pour ne retenir que des compétences exclusives de l’Union ou des Etats membres : toute compétence qui ne serait pas expressément et exclusivement attribuée à l’Union, à ce titre, resterait donc nécessairement de la compétence exclusive et de principe des Etats membres. Il importe, au surplus, que le processus soit réversible et que cette compétence exclusive de l’Union puisse lui être retirée, à tout moment, par tout ou partie des Etats membres pour leur permettre de revenir dans leur propre compétence.


B. Un juge aux pouvoirs à l’allemande pour régler les conflits de compétence

Il ne suffit pas de prévoir que l’Union agira dans les seules limites des compétences qui lui sont attribués par les Etats membres. Car, dans le droit communautaire dérivé, l’Union européenne va, en permanence, bien au-delà des compétences que les Etats membres lui attribuent par voie de traités ou autres accords signés et ratifiés par tous les Etats membres, y compris dans des compétences qui relèvent, en France, des conditions essentielles d’exercice de la souveraineté nationale et qui supposent une révision constitutionnelle : on l’a vu, en droit positif, en juin 1992 au sujet du traité de Maastricht, puis, en janvier 1999, au sujet du traité d’Amsterdam, enfin, en mars 2003, au sujet de la décision-cadre sur le mandat d’arrêt européen. Encore faut-il que l’incompétence de l’Union européenne puisse être sanctionnée chaque fois qu’elle a à l’être, à la demande de tel ou tel Etat membre dont, par construction, la compétence de principe est méconnue.

Or, il est entendu, à cet égard, que, sur le fondement de l’article 234 du traité instituant la Communauté européenne, la Cour de justice peut apprécier la validité du droit communautaire dérivé par rapport au droit communautaire originaire, à la demande d’un Etat membre (TCE, art. 234) et venir annuler l’acte pris par une institution de la Communauté européenne pour incompétence de l’Union : on mentionnera en ce sens, parmi de rares exemples, l’arrêt du 22 septembre 1988 France c/ Parlement, la France s’étant opposée, pour une fois, à une résolution du Parlement européen prise hors de sa compétence, au sujet, en l’espèce, du siège de l’institution.

Mais, la Cour de justice est une institution de la Communauté et il est peu douteux que, de longue date, sa jurisprudence est un facteur considérable d’intégration supranationale, sous couvert du pouvoir d’interprétation du droit communautaire qui lui est conféré, tant originaire que dérivé (TCE, art. 234). On serait tenté de dire que, par la force des choses, elle est juge dans la forme et partie sur le fond. Recourir à la garantie de la Cour de justice pour protéger la compétence de principe des Etats membres revient à choisir le loup pour garder la bergerie puisque c’est permettre à la Cour de repousser très loin les limites de la compétence d’attribution de la Communauté ou de l’Union, voire même d’attribuer à la Communauté ou à l’Union une compétence qu’elle n’a pas et qui appartient donc aux seuls Etats membres. On mentionnera, en ce sens, deux exemples récents de cette jurisprudence, si fortement attributive de compétences dans des matières qui touchent à la souveraineté des Etats :

- d’une part, l’extension d’une compétence attribuée dans l’arrêt de la Cour de justice en date du 13 octobre 2008 relatif au jeune Grunkin-Paul, qui écarte les règles nationales de droit civil allemand relatives au nom patronymique en tant qu’elles feraient obstacle à la libre circulation sur le territoire communautaire, en l’espèce au Danemark ;

- d’autre part, l’attribution à l’Union d’une compétence par l’arrêt de la Cour de justice en date du 13 décembre 2005 Commission c/ Conseil qui permet à l’Union d’imposer aux Etats membres, par voie de directives, l’adoption de sanctions pour la protection communautaire de l’environnement, au titre d’une compétence auto-attribuée de la Communauté en matière pénale.

Dès lors, il importe de limiter le juge dans sa jurisprudence en lui retirant un pouvoir d’interprétation qui a pour objet et pour effet d’étendre indéfiniment, et contre la lettre des traités, les compétences de l’Union au détriment de celle des Etats : selon le schéma de l’article 79 précité de la Loi fondamentale, toute extension de compétence de l’Union, à partir de l’une de ses compétences exclusives préexistantes, devrait nécessiter une révision des traités.

De plus, comme il existe, en droit allemand, un recours spécifique afin de protéger la compétence des Länder face aux emprises législatives du Bund, depuis la loi constitutionnelle du 27 octobre 1994, il importe que puisse être contrôlée la compatibilité d’un acte contraignant de l’Union avec la stipulation des traités qui attribue compétence exclusive à l’Union.
En contrepartie du recours en manquement de la Commission contre l’Etat membre (TCE, art. 226), on pourrait ainsi concevoir un recours en excès de pouvoir formé par tout Etat membre contre l’acte d’une institution de l’Union, pris hors de sa compétence telle qu’expressément prévue par les traités. Un tel recours pour excès de pouvoir serait porté, d’abord, devant cette institution, puis devant la Cour de justice, si le contentieux devait se prolonger. On devrait concevoir au surplus que ce recours, ouvert au seul Gouvernement de l’Etat membre, ne le soit pas seulement à son initiative, mais aussi à celle de tout pouvoir public constitutionnel, en particulier du Parlement ou de toute juridiction suprême de cet Etat, ou encore de toute personne privée ayant intérêt à agir, selon des modalités à définir.

Mais faut-il s’en tenir à un contrôle qui ne soit que juridictionnel quand il est probable qu’il doit être également politique parce qu’il touche à la question éminemment politique de la légitimité du pouvoir exercé par l’Union. Pourquoi, par exemple, le principe primordial d’attribution de compétence n’est-il pas défendu comme le principe secondaire de subsidiarité qui porte seulement sur l’exercice de cette compétence ? Il faudrait, pour le moins, transposer au principe d’attribution, le contrôle politique, même illusoire, mis en place au profit du vague principe de subsidiarité, par la Constitution française déjà (art. 88-4 dans deux versions successives de 2005 et de 2008) ainsi que par le traité de Lisbonne, s’il entre en vigueur un jour, peut-être.


II. La répartition des compétences selon une solution internationale

Tout cela ne saurait suffire. Car, on ne saurait s’en tenir au schéma de fédération à terme, c’est-à-dire de fédéralisation en cours sur lequel repose, en réalité et depuis l’origine, la construction européenne, sans le dire, tout en le disant. L’Union, c’est aussi une Europe qui procède d’une solution internationale et c’est précisément la raison pour laquelle elle est devenue « à géométrie variable ». Le site Europa précité la définit, en novlangue communautaire - c’est tout un programme en ce qu’il peut dire d’un rêve intégrationniste mis à mal - comme « un mode d'intégration différenciée qui reconnaît l'existence de différences irrémédiables au sein de la structure intégrative en permettant une séparation permanente entre un groupe d'Etats membres et des unités intégratives moins développées ». Depuis Maastricht, en effet, tous les Etats membres ne disposent pas des mêmes compétences, de traité en traité, à l’issue soit de la négociation initiale, soit de la renégociation qui suit inévitablement l’échec de tout référendum obligatoire ou facultatif, organisé sur l’autorisation de ratification du traité initial, en vue de l’adoption au plus vite et au mieux d’un traité adapté à l’Etat rejetant, sur la base de retraits ou d’ajouts – le moins possible - au traité initial. On observera, au passage, qu’en violation du droit international public tel que fixé par la Convention de Vienne du 23 mai 1969, on se garde bien de soumettre ensuite cet avenant au traité initial à l’approbation des autres Etats membres.

Il n’y a pas lieu de revenir ici sur toutes ces différences imposées directement ou indirectement par les peuples qui font de l’unité dans la diversité un slogan mensonger quand on voit bien la diversité dans la désunion : il n’y a pas l’Europe, mais des Europes comme, avant 1860, il y avait « des Italies » : l’Europe de l’agriculture, ce n’est ni l’Europe de la monnaie, ni celle des visas ni celle de la défense, l’Europe communautaire, ce n’est pas l’Europe intergouvernementale même si tout cela est soigneusement drapé dans les plis d’un même drapeau bleu à douze étoiles d’or, comme le manteau et la couronne de la Vierge de l’Apocalypse. C’est ce drapeau qui est apposé partout : sur les blindés de l’opération Artémis en Ituri, sur les sacs de riz envoyés à l’Indonésie, sur le toit du Sénat pendant la présidence française de l’Union, derrière le président de la République dans sa conférence de presse à Bagdad, au fronton du lycée Saint-Louis de Paris, en permanence, sur les parapluies, les stylos, les ballons, les casquettes, etc : l’Europe est devenue une gigantesque entreprise de communication politique qui a dépensé, pour la seule année 2008, plus de 2,4 milliards d'euros, soit plus que le budget publicitaire de Coca-Cola à l'échelle mondiale, pour un produit plus difficile à boire. Mais, l’Union se donne ainsi l’illusion de la puissance que l’histoire réserve, pourtant, à quelques rares Etats souverains.

De cette confusion généralisée qui est, d’abord et surtout, la confusion de compétences mal réparties entre Union et Etats membres, et volontairement mal réparties au profit d’une Union protéiforme et omnipotente, on donnera une seule illustration, mais elle est éloquente : par combinaison des articles 17 et 27 du nouveau traité sur l’Union européenne, le haut représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité est, à, la fois, l'un des vice-présidents de la Commission (TUE, art. 17 § 4) et le président du Conseil des affaires étrangères (ibid., art. 27 § 1), en charge de l’action extérieure qui relève du communautaire et de la politique étrangère et de sécurité commune qui relève de l’intergouvernemental. De même, le service européen pour l'action extérieure qui ne tardera pas à se qualifier lui-même de « diplomatie européenne », est composé, entre autres, de fonctionnaires des services compétents du secrétariat général du Conseil, mais aussi de la Commission. Son organisation et son fonctionnement sont fixés, d’ailleurs, par une décision du Conseil, sur proposition du haut représentant, après consultation du Parlement européen et approbation de la Commission (ibid., § 3). On s’étonne que, pendant qu’on y est, les avis des autres institutions communautaires ne soient pas recueillis, par exemple celui de la Cour des comptes qui ne serait pas inutile.

Sortir d’un fédéralisme qui mélange aussi allégrement, dans une seule institution, principe d’autonomie et principe de participation, sortir de ce méli-mélo entre fédéral et international où plus personne ne se retrouve, passe par la reconstruction du premier pilier communautaire (A) et la construction d’un second pilier intergouvernemental (B).

A. La reconstruction du premier pilier communautaire

On peut donc concevoir d’isoler, par exception, les compétences attribuées par tous les Etats à l’Union qui continuerait à former le premier pilier fonctionnant selon la procédure décisionnelle propre au droit communautaire : seule la Commission peut faire des propositions au Conseil et au Parlement et la majorité qualifiée suffit pour l'adoption des actes au Conseil. On pourrait concevoir, cependant, de consacrer le droit permanent de tout Etat membre de se retirer, non de l’Union toute entière, mais de telle ou telle politique commune, en tout ou en partie, ou, plus simplement de ne pas s’appliquer à lui même telle ou telle modification qu’il rejette d’une politique commune qu’il continue à accepter. Une telle décision de retrait ou d’abstention serait prise pour des raisons d’ordre constitutionnel, à l’appréciation du seul Etat membre concerné, sans aucun autre contrôle juridique ou politique que celui défini par telle ou telle procédure interne.

Il y aurait là la consécration, en droit communautaire, du compromis de Luxembourg, réactivé par le président Sarkozy en juillet 2007, lorsque des « intérêts très importants » de l’Etat membre sont en jeu, par un veto qui serait, non pas d’adoption, mais d’exécution et dont la durée d’application serait définie par l’Etat membre lui-même : ainsi, la répartition des compétences communautarisées entre l’Union et les Etats membres serait essentiellement ajustable dans l’espace et dans le temps, sur décision de l’Etat membre concerné, enfin revenu dans sa souveraineté, sans qu’il soit fait obstacle à la poursuite de telle ou telle politique commune, pour autant qu’une majorité de ces membres entendent la poursuivre ou l’approfondir. On pourrait, d’ailleurs, concevoir sans difficulté qu’en contrepartie, les décisions du Conseil soient adoptées à la majorité simple, ce qui serait de nature à faciliter cette poursuite ou cet approfondissement.


B. La construction d’un second pilier intergouvernemental

L’autre pilier de la construction européenne serait celui de l’intergouvernemental : ce second pilier serait consacré à la politique étrangère et de sécurité commune et à la coopération policière et judiciaire en matière pénale ainsi qu’à toute autre matière non communautarisée ou décommunautarisée, en interrompant la communautarisation, voire en revenant sur la communautarisation de telle ou telle compétence, comme, depuis le traité d’Amsterdam de 1997, la libre circulation des personnes. Dans le cadre de ce second pilier intergouvernemental, on ne voit pas pourquoi les institutions communautaires sont présentes, ce qui devrait exclure l’initiative même réduite de la Commission, l’intervention même consultative du Parlement ou la juridiction même limitée de la Cour de justice.

Sans remise en cause du cadre institutionnel unique de l'Union, on serait, en second pilier, dans le droit d’initiative des Etats membres, et d’eux seulement, et dans le pouvoir de décision du Conseil, et de lui seulement : Conseil des ministres ou Conseil européen, peu importe, dès lors qu’en toute hypothèse, cette institution configurée pour assurer la représentation des Etats membres qui sont et qui restent partie à chacune des politiques intergouvernementales, statue à l’unanimité des voix et à la majorité des présents, chaque Etat partie à cette politique disposant alors d’une voix puisque l’on est, ici, dans un schéma confédéral. On peut concevoir que la non-participation au vote ou l’abstention ne fasse pas obstacle à ce que la décision soit prise. De façon alternative, on peut concevoir aussi – cela revient au même - que la décision en second pilier soit prise à la majorité des voix et qu’elle ne soit alors obligatoire que pour les Etats membres qui l’ont prise, aussi longtemps qu’ils acceptent de l’appliquer, ou pour les Etats membres qui s’y rallient ultérieurement. Quant aux éventuels litiges relatifs à l’application de la décision, ils feraient l’objet d’une procédure de règlement non juridictionnel entre les Etats parties à cette politique intergouvernementale, le libre retrait, en définitive, de chaque Etat partie étant une hypothèse de règlement du litige et, d’ailleurs, une incitation à ce règlement. Si l’on tient vraiment à un règlement juridictionnel alternatif, alors il serait opéré par voie d’arbitrage ad hoc.

On comprend bien que l’on est proche ici du mécanisme de « la coopération renforcée » introduit par le traité d'Amsterdam de 1997 dans le traité sur l'Union européenne (TUE), en ce qui concerne la coopération judiciaire en matière pénale, et dans le traité instituant la Communauté européenne (TCE) et simplifié par le traité de Nice de 2001 qui écarte la possibilité pour un État membre, prévue initialement, de s'opposer à sa mise en œuvre.

Dès lors que la coopération renforcée ne peut pas concerner un domaine relevant de la compétence exclusive de la Communauté et que, hors compétences exclusives d’une nouvelle Union, on ne serait que dans l’intergouvernemental, on conçoit sans peine que ce mécanisme, bien trop encadré pour être efficace, n’aurait plus aucune raison d’être.

En conclusion, on dira, d’un mot, que l’Europe au défi de la crise, c’est aussi l’Europe au défi de la crise de ses institutions, de l’ébranlement de sa construction et de la faillite de sa conception. La machine bureaucratique tourne à vide, faute d’être en prise avec les réalités d’un monde qui n’est plus celui de l’intégration forcée des peuples, mais celui la libre coopération des Etats. La France n’est pas le Congo et elle ne sera donc pas la colonie de Bruxelles. Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est un droit imprescriptible et le peuple français ne se laissera pas voler longtemps la souveraineté nationale qui lui appartient parce que c’est là son histoire, sa volonté et son droit.


Sami Naïr
Merci, Olivier Gohin, pour cet exposé aussi clair que stimulant, tant sur le plan de l’analyse que sur celui des propositions. J’ai particulièrement apprécié le fait de cadrer de manière aussi frontale la solution fédérale et la solution internationale, avec la logique fédéraliste sui generis de l’une, ou intergouvernementale de l’autre. C’est une manière de répondre, déjà, et d’engager le dialogue avec l’exposé précédent qui essayait de débroussailler le terrain.
Nous passons maintenant des compétences en matière institutionnelle à l’autre versant de l’Europe, le versant économique.
Je donne la parole à Guillaume Duval qui nous parlera de l’Europe dans la crise mondiale. Christian Deubner et André Gauron pousseront ensuite la réflexion.



 
 

 


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Publié dans : L'Europe
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